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9.6.08
9 juin 2008 09:12 |
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u cunts ripped it up yesterday funny cunts geetn toi meet u guys and seeing u at the end trying to catch taxis to the after party funny fukers much love xx |
3.6.08
ending of an era |
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Je suis sortie de cours y a déjà une bonne heure. Temps perdu à discuter devant le lycée avec les autres, à fumer des clopes à la chaîne, comme si, dans notre vie, nous avions vraiment des problèmes. Et comment on va s’y prendre pour réviser tout le cours de physique, c’est énorme, y a trop de trucs, j’imagine même pas le putain de planning, j’ai pas compris cet exercice, et si c’est ça qui tombe, je suis bonne pour revoir le film l’année prochaine, l’électricité, c’est vraiment trop compliqué, je préfère la mécanique mais c’est quand même pas la joie, comment on va faire si on tombe sur ça, avec cette connasse en arrêt maladie, on n’a même pas eu de cours là-dessus, heureusement que la chimie c’est plus facile, j’espère qu’on aura un truc sur les savons ou les huiles. Après ça, ils sont tous allés prendre leur bus de l’autre coté du boulevard, nos camarades de classe, et me voila toute seule avec lui, le garçon que je veux mettre depuis six mois dans mon lit. Lui, va savoir pourquoi, il n’est pas allé prendre son bus, et il reste planté là, sans prévenir, sur le même bout de trottoir que moi. Et moi, surprise, je ne suis pas rentrée chez moi… juste parce qu’il n’est pas rentré chez lui. Nous sommes tous les deux plantés là, sur la place Joaquim Gasquet, soudain vachement trop grande pour nous. Juste au coin il y a mon café, mon endroit pour souffler. Celui même ou d’habitude, je relis mes cours, je joue au flipper, je mange des beignets au chocolat et je bois des cappuccinos sans réellement me poser d’autre question que celle de l’heure qu’il est. Mais cet aprème, c’est différent. Je me sens mon cœur se serrer dans ma poitrine, et c’est bien un cœur de fille qui me fait mal comme ça. J’en ai presque honte, d’être dans cet état, parce que dans les idées, je ne suis pas une fille qu’on impressionne avec ça : ce n’est pas une attitude dans mes balises. C’est vrai que je n’ai jamais aimé regarder Dirty Dancing ou ce genre de conneries, moi. Dans le fond, je ne suis pas fleur bleue : ce n’était pas mon idéal pour un mental. Bon aller ça suffit. J’essaie de retrouver mes manières de skateuse, après tout, c’est quand même pas la première fois que je me retrouve sur le même trottoir qu’un garçon, pas de quoi s’angoisser de la sorte non ? J’écrase ma cigarette en tournant du pied, je toussote un peu fort, je m’essuie le nez avec le poignet, je prends une pause lascive, les mains dans les poches, sourire genre tout va bien. Mais rien à faire. Principes de garçon manqués ou pas, la seconde d’après je suis juste liquide, juste bonne à regarder le bout de mes pieds se toucher. Mon humour s’est fait la male avec ma désinvolture, on dirait, le petit enfoiré. Ils sont partis tous les deux en vacances à Las Vegas, et ils se foutent bien de ma gueule en éclusant des triple Margaritas au bar du Flamingo. Vu comme c’est parti, peut-être même qu’ils ne se repointerons jamais. Merde. Ce n’est pourtant pas le moment d’être cette fille là. L’horloge de l’école des Arts et Métiers me dit dix sept heures, plus ou moins, et je lui réponds « Déjà ? ». J’ai envie d’écouter les Smashing Pumpkins avec un seul écouteur, parce que ça me détendrait un peu, à défaut de me donner une air sociable. Bon réfléchis. Il y a des bus à cette heure-ci. Il y en a plein. Il pourrait partir. Pourtant il ne part pas. Pourquoi ? Parce que peut-être qu’il a envie de rester avec toi ? Ou alors il a rendez-vous chez le dentiste en face dans vingt minutes. Je reste là, à ne rien faire, encore deux secondes. Je fais mine de passer en revue ce que je pourrais avoir à faire en ville, je regarde ma Baby-G en fronçant les sourcils. Et puis tout ça, ça fait encore deux secondes qui s’envolent aux pays des silences qui durent trop longtemps. J’espère que ça ne se voit pas trop, que je suis amoureuse de lui. J’aimerais qu’il parle, même pour dire un truc sans intérêt, ça me permettrait de rebondir, amorcer un semblant de conversation. Comment c’est possible d’être aussi empotée ? J’hésite à l’inviter à prendre un café, ça n’a quand même jamais tué personne. Sauf que s’il refusait, j’en mourrais. Il regarde ailleurs. Si personne ne parle, là tout de suite, ça va commencer à être ridicule, très très lourd, genre cinéma muet comique, Buster Keaton versus Laurel et Hardy. Et si on rentre dans ce système là, et je vais dire une connerie, comme quoi je dois rentrer chez moi, j’ai un pote à voir, on m’attend, il faut nourrir le chat, je dois faire mes devoirs. Exit music. Il faut que je parle, mais si je dis un truc en premier, je vais bégayer, ou pire, faire des inversions de mots et des lapsus honteux. Je déteste les anges qui passent, je voudrais leur arracher les ailes à coup de mitrailleuse automatique, qu’ils se cassent la gueule du haut des craquelures de leurs images pieuses passées, ces petites enflures. Les anges, ils nous font l’honneur d’une flèche, on tombe amoureux, et pour le reste ensuite, aux premières loges du spectacle, ils ne font plus que se marrer là-haut, depuis leurs petits nuages blancs. Cinq secondes, qu’on est là, on arrive à la limite, bientôt le point de non retour avant la gène partagée. Il faut que je casse à tout prix ce silence. Les autres nous ont dit au revoir comme ça, super vite, pour aller attraper leur bus, nous laissant en plan sans aucune conversation d’entamée. Pas même une histoire coupée en deux dont j’aurais l’heureuse suite à raconter. J’ai trop peur de me prendre un râteau, ça fait six mois que j’attends, six mois, c’est pas rien. J’ai peur qu’il me dise non, ou pire : tu sais, je te trouve super cool et j’aurais bien aimé que l’on soit amis, mais vraiment pour le reste, tu n’es pas mon genre, enfin je veux dire, physiquement tu vois ? Je vois très bien ouais. Je voudrais n’avoir rien à faire de décisif maintenant, je voudrais rentrer chez moi et attendre un autre jour, avec d’autres sous-vêtements. C’est trop dur. Mais je n’ai pas le choix, faut aller au charbon : ce soir, l’école est finie. Dans un mois le Bac, et ensuite rideau. Alors, si je ne fais rien, on ne se reverra pas, et je vais être triste tout l’été, et peut-être toute ma vie (en 1997, Facebook n’existait pas.) Dans mon sac à dos Eastpack, je cherche mes cigarettes, ces bonnes vieilles cigarettes ; toujours là pour m’accompagner dans le monde merveilleux des inhibitions. Je mets un peu de temps à le trouver, mon paquet, peut-être que je fais exprès. J’ai envie qu’il me prenne la main et qu’on aille se rouler des pelles au Parc Rambot jusqu’à la tombée de la nuit. C’est pourtant simple. Pourquoi je ne peux pas lire dans ses pensées ? Je suis sûre que les autres y arrivent, eux. Je lui demande du feu, ça, c’est toujours facile, panne d’inspiration, une petite clope à allumer, et ça laisse toujours quelques secondes pour réfléchir. Il me tend son briquet : - Tu fais quoi là ? Ca te dit d’aller boire un café ? Oh, bordel. Est-ce que je veux aller boire un café ? Attends, attends. Réfléchis. Il vient vraiment de me demander ça, alors. Si je veux aller boire un café. J’ai l’impression que quelque organe aurait explosé dans mon ventre, mais tout est vraiment plus simple qu’il y a une minute, en même temps. Fini la confusion des sentiments, maintenant la dominante c’est la peur. Avec toutes ces émotions, j’ai déjà du mal à allumer ma cigarette normalement, alors... Un café ? La belle affaire : une plombe en tête à tête, qu’est ce que je vais lui raconter ? Pfff. Merde, ça ne s’arrête donc jamais, l’insécurité ? Les travaux d’approche, un jour, ça va me tuer. Surtout ne rien montrer, même si ça fait six mois que j’attends. Six mois, que je suis figée, l’hiver, le printemps, peut-être encore l’été. Je ne suis sortie avec aucun mec cette année, même pas en soirée. Dans la tête, personne d’autre que lui : monomanie. J’ai avorté toute relation. J’ai attendu que sa dernière lubie amoureuse lui passe, et avant ça je l’ai observé galérer avec Faustine Garnier, (note : la meuf que tout le monde veut baiser au lycée.) Puis je l’ai regardé pleurer parce que trois semaines plus tard elle le larguait. Je l’ai vu déprimer comme une merde, et puis enfin relever le nez, et commencer à regarder autour de lui. Ca tombait bien, parce qu’autour de lui, c’est là que j’étais. Et pendant qu’il avait oublié de me regarder, comme je me trouvais trois kilos de trop pour être parfaite, je suis devenue anorexique à mi-temps, histoire de. Et je me suis remise à faire du skate, et j’ai écouté sa musique favorite, loué ses films cultes, lu ses livres de chevet, testé ses drogues préférées. Tout ça sans savoir si on aurait jamais l’occasion d’en discuter. Mais bien sûr, lui, il ne sait rien de tout ça. Peut-être a-t-il juste remarqué y a dix secondes que j’étais là. Que j’étais jolie cet après-midi, dans la lumière de Mai qui tombe comme ça sur moi, sur ce trottoir, avec mon t-shirt Porn Star. - Oh ouais, un café, un coca, pourquoi pas ? Tu sais, j’avais prévu de voir une copine pour réviser, mais elle vient de me bipper pour annuler. Alors, c’est parfait Après, on s’étonne que les filles soient fatiguées. Then I see you You're walking cross the campus Cruel professor Studying romances How am I supposed to pretend I never want to see you again? |
26.5.08
the teenagers - homecoming lyrics |
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Last week, i flew to san diego to see my auntie. On day one, i met her hot step-daughter. She’s a cheerleader, she’s a virgin, and she’s really tan. As she stepped out of her massive car, I could only notice she was more than fuckable. I think she was coming back from the game or something, ’cause she was holding those silly pom-poms. One day two, i fucked her, and it was wild. She’s such a slut. Ok, listen girls: I met the hottest guy ever. Basically, as i was stepping out of my suv, I came face to face with my step-cousin or whatever, who cares? Anyway, he was wearing skinny jeans, had funky hair And the cutest british accent ever. Straight away, i could tell he was rocker From his sexy attitutde and the way he looked at me. Mmmmmm, he is totally awesome. Oh my god, I think i’m in love. I fucked my american cunt I love my english romance It was dirty, a dream came true Just like i like it, she’s got nice tits It was perfect, a dream came true Just like a song i’ve been wanting to |
21.5.08
some of my best friends are DJs |
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- Il y a un moment, dans la vie, Mademoiselle Robinet, ou il faut Savoir Choisir. - Pardon ? - Oui. Choisir. - Excusez ma confusion, mais qu’entendez vous par « Choisir » ? - Choisir entre votre vie professionnelle … Et vos activités extraprofessionnelles. Waouh. C’était donc juste pour me raconter une blague de ton cru que tu m’as enfermée dans ta petit salle de réunion secrète ? Genre. Toi là ? Avec ton pull à cerfs en laine majoritaire et ta tête de puceau, tu vas m’expliquer comment organiser mon temps libre ? Je me rotflerais, si y avait la place. Tu es juste le genre de mec à se faire réprimander par sa femme quand il se sert un deuxième verre de vin à table, et tu veux re-organiser ma vie. T’es un sketch de Coluche, si Coluche avait vécu assez longtemps pour voir The Office. - Vous savez, quoi que vous ayiez pu être malencontreusement ammené à penser, il me faut rétablir devant vous cette vérité : mon travail, c'est ce qui compte le plus pour moi. Dans un mois, après que j’ai donné ma dem, tu ne seras plus qu’un trou du cul de petit chef dans ma collection d’ex trou du cul de petits chefs. Au sein de mon imaginaire moqueur, tu auras une place de choix entre Choco des Goonies, et les mecs qui collectionnent les figurines Star Trek. Autant dire que tu vas devenir une légende. Dorénavant, quand j’entendrais une blague sur les ingénieurs informaticiens, c’est exactement ta tête que je visualiserais. Avec ton pull à cerfs. Je ne t’oublierais jamais. - Bien. Je vois que l’on peut s’entendre. Je veux dire, vous ne pouvez pas travailler ici et faire de la musique. C’est impossible, c’est une activité qui prend trop de temps et d’énergie. Vous voyez, ici, chez Baraputes.com, nous sommes ouvert d’esprit, il y a des gens qui font de la randonnée pédestre. Il arrive que ça puisse durer trois jours, et on leur donne en général le vendredi, parfois même le lundi suivant. Mais vous, vous avez demandé un matin. Un matin, en semaine, et sans randonnée : ça ne se fait pas. - Je note. Vous me voyez sincèrement désolée, ce que vous évoquez n’était pas spécifié dans mon contrat de travail, ou quelque réglement interne, mais il va de soi que j’aurais pu l’anticiper, tout de même. Si on était dans un vrai théâtre, j’aurais envie d’ajouter « et tu peux m’enculer si tu veux. » - Bien. J’espère vous comprenez qu’on ne veut pas vous embêter, juste faire naître chez vous certains réflexes concernant des valeurs qui nous tiennent à cœur, et que nous souhaitons voir portées par nos employés, ici, chez Baraputes.com. - C’est évident. - Je compte sur vous pour éviter de me redemander des vacances pour de mauvaises raisons et à de mauvais moments. - Nous sommes d’accord sur ce point, ça ne se reproduira plus. Mais, en parlant de randonnée, vous avez déjà été en Camargue ? Il parait qu’au mois de mai, les rizières sont en fleurs, c’est vraiment sublime. Les gens au boulot ne sont jamais vraiment eux-mêmes. - Stupeflip |
8.5.08
Playground Love |
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- Combien ça fait de temps qu’on se connaît ? - Neuf ans. - Pas mal. Et genre, on a été amoureux au bout de … - Deux semaines pour toi. Et puis deux heures pour moi. - Deux heures pour toi ? Je déchire. - Bah oui, je t’ai rencontré dans une fête sur une plage, pleine lune, et c’était encore l’époque ou je fumais des joints. J’étais farcie. C’était idyllique, le cadre a pas mal jouer, et puis j’étais jeune, idéaliste, impressionnable, je fumais encore des Camels pas lights, pour te dire. - Ouah, deux heures, je déchire, pleine lune, plage, pétards ou pas. Et deux semaines pour moi… Ok mais comment tu peux être sûre de ça ? - C’est facile. Le même été, on s’est retrouvés dans une fête. À un moment, on était assis en face l’un de l’autre. On ne parlait pas spécialement, ou de jeux vidéo je crois. Je me souviens que la musique était douce et mélancolique, peut-être les Cure. Et puis tu m’as regardée, sans rien dire, pendant dix secondes. Tu te souviens de ça ? Je m’en souviens aussi clairement qu’un film que j’aurais vu hier. C’est long dix secondes, quand un garçon te regarde dans les yeux, et que tu soutiens son regard, Ca te brûle tout l’intérieur, d’autant que tu sais pas comment ça va se terminer, cet échange sublime et empathique. Il y en a, des choses qui passent par les yeux, en dix secondes. Et la pièce était pleine de monde, et ça riait et ça piaillait, mais je n’ai plus vu ni entendu personne autour de nous, pendant ces dix secondes. C’était comme un plan lynchien. Le temps supendu. Dix secondes ; il n’y avait plus que nos yeux, et un silence cotonneux. Tu avais tout posé. C’était deux semaines après la plage. - Ouah, tu es une bonne conteuse de souvenirs troublants, mais c’est vrai qu’on s’est fait du mal pour rien quand même. - Neuf ans moins deux heures ou neuf ans moins deux semaines… Oui, ça donne de bons ratios de frustration, il faut l’admettre. - On a été nuls. C’était trop facile. On aurait vraiment pu … - Oui, c’était juste un cadeau, c’était le début de l’été, on était en vacances jusqu’en septembre, on avait vingt ans, et on était fous l’un de l’autre, et en gros n’importe qui donnerait dix ans de sa vie pour revivre ça. Mais en fait, c’était trop beau pour être vrai. Alors pour que ça soit juste « vrai » tu étais maqué, et fidèle. Et tu es resté maqué alors que dans ta tête, c’était juste fini. Tu n’aurais pas été fidèle, tu l’aurais quittée en deux jours. Tu as tout gâché de ce qui aurait pu être la plus belle histoire de ma vie, et peut-être de la tienne. Et pourtant, je t’ai suppliée de venir. Lo-ser. - Oui mais je me suis débrouillé pour me faire larguer en moins de six mois, et après c’est toi qui avait un mec, ma biche. - Et quand ça a été fini avec mon mec, tu avais une copine. Trouvée sur Meetic en plus, la honte pour toi, à l’âge que t’avais. - Il faut bien tuer le temps, et se vider les couilles, aussi. Désolé. - Note que tu aurais pu m’attendre, au lieu de jeter du pognon par les fenêtres pour une meuf qui avait deux mois d’autonomie. - Ouais, mais après ça, c’est quand même pas ma faute si pendant la seule saison ou on était célibataires en même temps, et que ça aurait pu être juste parfait, tu as eu des projets super ambitieux pour ta santé, comme te mettre le front du vendredi soir au dimanche midi non stop. - Hé ho. Doucement sur les reproches hein, monsieur Pétard. J’étais en plein dans la crise des 25, il fallait que je canalise un trop plein d’angoisse dans le sabordage de ma petite personne, histoire de toucher le Fond, et de bien savoir ou il était. - J’ai vu ça ouais. Tu étais d’ailleurs tellement au fond que tu n’étais pas spécialement à a portée de voix. - Tu parles… Tu n’es même pas venu me chercher vraiment, tu n’étais pas présent, juste un coup de fil de temps en temps pour vérifier si j’avais fait ou pas mon overdose d’amphés. - C’est vrai. Mais entre temps on avait décidé d’être comme des meilleurs amis tu vois ? Donc ceinture, bienveillance désintéressée, amitié garçon fille, amour fraternel, tolérance absolue, tout ça. - Mouais. - Relou. - Chiant. - … - … - Peut être que pour une fois, pour deux heures, on devrait oublier le mauvais timing, non ? Ca ne serait pas forcément glauque, juste une sorte de rédemption. - Mon chéri, je te rappelle, au nom de notre amitié et de notre bien être de presque trentenaires épanouis, que tu es, depuis peu, marié. Ressers-toi donc un verre de vodka, et pour le mauvais timing à expier, on en reparle dans dix ans, si ta situation conjugale a évolué. - Ok… Mais ce coup ci je t’enverrais un SMS avant. |
7.2.07
tout le monde se fout des fleurs |
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Célia a débarqué il y a une bonne demi-heure au milieu de mon salon. Elle était déjà pas bien fraiche en arrivant, mais là c’est carrément l’hécatombe niveau make-up : coulures noires et rougeurs marquées. Elle arrête pas de chialer et ça me fatigue parce que tu peux même pas lui dire un truc. Ca déborde. Le déluge. Je mets l’album de Cat Power en fond musical pour accélérer le processus lacrymal. Finir de la vider, en quelque sorte. La trois, la trois, elle est bien pour ça. Fin de l’album. Célia pleure encore. Coté musique, j’essaie un truc plus gai. Ca ne marche pas trop. J’avais presque décidé de faire un gâteau, tellement je ne sais pas quoi foutre. C'est dire... Allume une clope. Rallume une clope. J’essaie de lui redonner une contenance, trouver des mots réconfortants. Célia revient de chez Antoine. Elle vient de se faire plaquer. Pas par Antoine, non. Son mec, il est partie avec une fille plus vieille qu’elle, plus vieille que lui, plus blonde qu’elle. Le genre french-manucurée en permanence, et qui a les moyens de payer le loyer. Quatre ou cinq même. Célia est au chômage depuis un mois. Elle est passée chez Antoine pour se changer les idées. Mais Antoine est un peu déprimé en ce moment. Lui, il est pas au chomâge, mais il nettoie les cages des hamsters chez Mille Amis. Il n’arrive pas trop à bander. Pas toujours. Pas aujourd’hui, en tout cas. J’ai la haine : si ce con avait eu une boite de Viagra chez lui, j’aurais déjà moins eu à écoper. - J’ai tellement mal que j’ai envie de crever - Tu ne peux pas. C’est interdit. Tu ne peux pas : faire une overdose. Avoir un accident de voiture. Soudoyer un infirmier qui bosse aux phases terminales. Tu ne peux pas : personne ne te pardonnera ce genre de trucs. Ta mère sous antidépresseurs à vie ? Ton père en maison de repos. Tu es obligée de morfler. La poitrine qui brûle. La boule sous le menton. Les yeux brûlants. Les neurones en friche. Les insomnies. La solitude. Les barbituriques : tu-ne-peux-pas. Je lui dis que c’est un connard son mec, de s’être barré « avec c’te pute » parce que ça fait toujours du bien, d’entendre ça. Parce que ça rassure « pute », et « connard » toutes les trois minutes, parce qu’elle a besoin d’entendre que ce n’est pas normal, de subir ça. Que son mec ai fait ça. Pas normal. Pas normal, pas concevable. Un autre ne l’aurait pas fait. Ou alors autrement, il aurait pris des gants. « J’ai rencontré quelqu’un. Je ne t’ai pas trompé mais je suis amoureux. Notre histoire doit s’arrêter là. Ca n’aurait pas du se finir comme ça. Je suis désolé de te faire du mal. J’aurais du m’y prendre autrement. J’espère que tu ne m’en veux pas trop. J’espère qu’on pourra se revoir. » Malheureusement, le fond l’emporte toujours sur la forme ici. Enfiler des gants ne change rien au bordel. Ou si peu. Prose ou poésie : le goût de la merde reste le même. Et, en disant que c’est un connard, le seul refrain qui me vient à l’esprit, c’est « Tout le monde fait ça ». On me l’a fait. Je l’ai fait. On me le refera. J’aime me dire que je ne le referai pas. Ce n’est pas un connard. Ou alors le monde entier est un connard. Tout le monde fait ça. Tout le monde tombe amoureux. Tout le monde se barre. Tout le monde ne réfléchis pas. Tout le monde est un enfoiré. Tout le monde perd le contrôle. Tout le monde se désorganise. Tout le monde ne sait pas être honnête. Tout le monde peut avoir super-envie de baiser avec quelqu’un d’autre. Du jour au lendemain. D’une seconde à l’autre. Tout le monde est juste humain. Un type t’offre un verre dans une soirée, il te demande si tu as aimé le concert, et deux ans plus tard, tu l’envoie en hôpital psychiatrique. - En plus, cette femme, son ex s’est barré avec une autre nana… Comment a-t-elle pu me piquer mon mec en sachant ce que ça fait ? Raison de plus. Tout-le-monde. Dans une relation, le truc, c’est d’arriver à profiter des bons moments. Ouvrir une bouteille à chaque plaquette de pilules contraceptives terminée. Se contenter du présent et oublier que ça va finir en pugilat consommé. Tôt ou tard. - Célia ? Elle a arrêté de pleurer. - Oui … ? - Faut que tu te change les idées. Bois, drogue-toi, baise ailleurs. Ne cherche surtout pas à comprendre ; parce que tu comprendras jamais. Oublie la réalité par tes propres moyens, par tous les moyens en fait. Le temps que ta tête l’oublie pour de bon. Le cerveau humain est drôlement bien foutu. Occulter ce qui fait mal, c’est son travail. Pense à d’autres mecs. Ne te prive de rien. Fais des listes de ses défauts. Les pires. Les plus honteux. Fais des colonnes, compte. Mens-toi. Le temps qu’il faudra. Applique-toi. Soit parfaite dans ton rôle. C’est une rigueur de chaque seconde. Welcome to crual world, girl. - C’est ce que j’essaie de faire mais … n’arrive pas à savoir si ce que je fais, c’est de l’hédonisme, ou de l’autodestruction C’est simple pourtant. Après une rupture, baiser avec un mec pour se changer les idées, c’est de l’hédonisme. Si ce même mec n’arrive pas à bander, alors, c’est de l’autodestruction. - C’est de l’hédonisme. Mens-toi. |
23.1.07
citation |
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Je n’aurais pas demandé ni ou j’allais, ni pour combien de temps ; je n’aurais pas jeté une seul regard derrière moi, sur ma vie passée. J’aurais sacrifié à cet homme mon argent, mon nom, ma fortune, mon honneur…Je serais allée mendier, et probablement il n y a pas de bassesse au monde à laquelle il ne m’eut amenée de consentir. J’aurais rejeté tout ce que dans la société on nome pudeur et réserve; si seulement il s’était avancé vers moi, en disant une parole ou en faisant un seul pas, s’il avait tenté de me prendre , à cette seconde j’étais perdue et liée à lui pour toujours. Stefan Zweig, 24 heures de la vie d'une femme. |
29.11.06
les amies d'enfance |
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Il est déjà 21h et j'ai le nez dans des nouilles chinoises au poulet trop épicées quand on sonne en bas de chez moi, et qui vient me casser les couilles un jeudi soir ? Je décroche mon interphone, déjà fatiguée, passant en revue les éventuels possibles emmerdeurs : - « Ouais ? - Clo ? Salut c'est Babette. » Chié. - « Ecoute Babette. Je réfléchis. Je suis MALADE. J'ai attrapé ... ... des condylomes… Et ... c'est … affreusement contagieux … Et ça t'empêche d'avoir des rapports sexuels pendant plusieurs semaines sous peine de graves … Je cherche le mot le plus dur, le plus sale, le plus dur, je ne trouve pas le mot le plus dur, ... PROBLEMES !!! » Nul. J'essaie de susciter une réelle angoisse chez elle en évoquant les pires MST, celles qui empêchent toute relation sexuelle ou bucco-génitale réussie. J’essaie de lui faire peur pour qu'elle n'ai plus envie de traîner chez moi, mais plutôt de rentrer chez elle et de se laver partout, car je la sais limite hypocondriaque. Mais je vois bien que mon excuse des condylomes est trop grotesque et qu'elle ne fonctionnera pas, même sur une vraie blonde génétique comme Babette. - « Aller fait pas la gueule Clo ! J'ai une bouteille de Zub' et j'ai des ragots ! Okay, tu me prends par les sentiments » Pute, pute pute !! J'aurais du lui parler cystite, au moins, toutes les filles compatissent à ça. Je lui ouvre. Une minute plus tard la voilà qui débarque au milieu de mon salon dans une effluve de Dolce & Gabbana, torrent de cheveux blond dans un brushing au lissé impeccable, bijoux Gas cliquetiquants à droit à gauche, maquillage discret mais sophistiqué, french manucure datant du lundi, samedi au plus tard, hâle artificiel réussi, sac en cuir mandarine Longchamp, manteau de lainages mélangés, Agnès B., jeans CK de cette saison, la nuance du délavage en témoignant, et ballerines de satin Repetto. Cette fille est une pub à elle toute seule, la pouffiasse en puissance poinçonnée Cours Mirabeau. Elle me fait la bise sans me toucher les joues, cette habitude des demoiselles au teint toujours impeccable. Elle s'enthousiasme sans raison, comme d'habitude, touche ses cheveux en parlant, crie, roule des yeux, parle fort, comme d’habitude : - « Ca va ma chérie ? Ca faisait super longtemps que j'étais pas passée ! Ouah ! T'as des putains de cernes ma vielle, t'as pas dormi ou quoi ? Putain, racontes, vas-y ! - Non, Babette, je n'ai pas suffisamment dormi, nuance. - Et t'as fait quoi alors ? - J'ai été voir un concert, puis j'ai ramené Emeric ici. - Emeric ? Le Emeric ? Emeric ? Ouah, félicitations ma grande. - Mouais. Ouais. No pain no glory. - Quoi tu as même pas ramé un peu ? - Non. Galette, même, pas besoin de briller ni rien, mais par contre je pense pas qu'on se revoit, tu vois ? - Pourquoi ? - Ben parce qu’il est un peu con. Parce que pas grand chose à se dire. » C'est un juste un boulet, un fuck buddy catalogué soirs de déprime. - « Ca ne veut pas dire que tu ne l'apprécie pas, pas vrai? - Ca ne veut pas dire que je ne l’apprécie pas. » Je souffle, voulons couper court à l’interrogatoire de cette connasse qui a décidément le cerveau monté à l'envers : - « Ecoute, je le trouve chiant, c’est tout ce que j’ai à te dire sur ce garçon. Il ne m’a pas fait rire de la soirée, pas un bon mot, rien, il n’y a pas de quoi parler de lui. - Ok, tu l’aimes pas des masses, mais sinon pour un plan cul, ça va quoi ? - Ca va, ça n’étais pas désagréable. - C’est un copain quoi. - Un copain de baise alors, admettons Babette, un fuck buddy, comme ils disent partout, j’aime pouvoir me dire que j’ai au moins 5 minutes de crédit de conversation avec ce que j’apelle un copain. Ce n’est pas le cas avec Emeric. - C’est regrettable cette vague de soit disant nouvelles catégories de partenaires. - Tu trouves ? Ce qui est regrettable c'est de devoir mettre un anglicisme nouvelle école sur tout ça, alors que ça existe depuis que les hommes ont des bites et les femmes des chattes. - Oui, entièrement d’accord avec toi. » Et elle se pince la lèvre avec d’une incisive immaculée avant de ré-embrayer : - « Et puis, si on ne peut plus être taxées de salopes tranquilles, ou va le monde ? - Peut être bien dans ton cul. » Je lui tourne le dos de bon cœur pour regarder ou j’ai encore foutu mes clopes. - « Oh, Chloé, toujours très juvénile ton humour. » Elle rit bien quarante secondes de ma vanne, une vanne tellement nulle, facile, que je ne l’aurais jamais balancée dans d’autres circonstances. Je me sens dégoûtée de moi-même, de l’avoir fait rire, et dégoûtée d’elle d’être aussi conne, je voudrais ne plus l’entendre rire comme une loutre, qu’elle fasse une rupture d’anévrisme, là, sur mon tapis Ikea. Je m’allume une Lucky Strike pour me donner du courage, et me force à lui faire la conversation : - « Perso je trouve ça plutôt pratique moi, je comprends pas pourquoi on a pas inventé ça avant le terme ‘copains de baise’. - Parce qu’il fallait d’abord faire mai soixante-huit avant de passer à autre chose et évoluer vers… » Oh Seigneur… La voilà qui part sur de la socio de bas-étage. Je ne sais pas ce qui est le pire avec Babette, devoir lui parler ou devoir l’écouter. En ce qui concerne la deuxième forme de supplice, je ne sais pas si j’aurais le courage de tenir le temps réglementaire. J’exagère un peu. C’est vrai qu’elle ne dit pas que des conneries, mais le gros souci est que ça manque avec constance de finesse et d'humour. Et puis j’ai toujours la malheureuse impression que lorsqu’elle donne des références historiques ou culturelles, c’est parce qu’elle les a survolées juste avant dans un magazine féminin. La blondeur, la candeur, le ton, son léger strabisme, peut-être l’ensemble ; je ne sais pas exactement quoi, mais quelque chose la décrédibilisera toujours, quelque chose ne lui permet pas d’accéder au sérieux, à la classe. Pendant que je la regarde m’expliquer un concept super grave qu’elle a du lire dans Biba, je me demande comment je vais bien pouvoir l’occuper. Je constate que je n’ai toujours pas fini mes nouilles chinoise et que ça me démange furieusement, quand même : - « Trêves de conneries, tu as mangé ? » Elle s'affale sur mon canapé, réponds qu'elle est au régime « sévère », sur quoi je vais chercher deux verres a whisky de taille absurde et mettre à décongeler une pizza trois ou quatre fromages ainsi qu’un paquet d’Haribo, tout ça comme pour lui signifier toute ma solidarité dans son épreuve hypocalorique. J'ai connu Babette au collège, nous avions alors chacune onze ans. A l'époque c'était une écorchée vive comme moi, en pleine démagogie adolescente punk rock. Elle a pris la tangente au lycée, quand elle à commencé à sortir en boite avec sa radasse de mère et se taper des twinty-something avec raisonnablement de la thune pour payer ses verres. Cela dit, bien que sa culture et ses goûts n'aient pas évolués depuis cette époque (et c'est bien normal quand on sait le peu de temps qu'elle y consacre), il m'arrive étrangement d'apprécier encore sa compagnie, à la seule condition qu’elle soit micro-dosée. Il faut bien admettre que nous n'avons plus grand chose en commun, mais nous nous connaissons bien trop pour feindre l’indifférence. Et tant qu'elle ne m'appelle pas tous les jours ni rien, je ne vois pas d’inconvénient à ce qu'elle passe à la maison pour arroser de temps en temps. Nous avons bu pas mal, enfin surtout moi comme d’habitude pour supporter les gens. Prise d’une grande faim à priori due à ma consommation d’herbe de la journée, j’ai terminé mon plat de nouilles chinoises et entamé la pizza, quarts par quart. Babette l’a découpé en tous petits morceaux, secourue dans son effort de sectionnement chirurgical par mon immortelle roulette à pizza et sa lame parée à toutes les épreuves, y compris celle de la de connerie humaine. J’imagine bien ma roulette en inox raconter sa mésaventure éreintante à mon décapsuleur pendant leur pause syndicale dans la cuisine : - « La pute, elle m’a bien saoulé, jamais j’ai découpé des bouts de pizza aussi petits pour une grognasse » Et le décapsuleur de rétorquer - « Elle m’a utilisé pour décapsuler une kro qui se tourne, j’étais vénère de me faire humilier sacome ». Et ma soudaine capacité à donner une vie aux objets me permet de constater que je me suis moi aussi correctement mis le compte. Moi et Babette nous sommes raconté notre passé sexuel et professionnel immédiat tout en regardant une émission ahurissante d’impudeur sur les maladies orphelines, et en la commentant avec méchanceté, comme nous avions l'habitude de le faire ado le mercredi aprème devant nos films d’horreur préférés. Une petite fille atteinte d’un mal qui fait vieillir cinq fois plus vite que la normale prend la parole devant l’animateur. Elle explique posément le pourquoi du comment elle arrive à profiter de l’instant présent, tout en étant consciente du fait qu’elle va mourir avant l’âge de quatorze ans. Je me souviens que Babette à eu sa première mononucléose à cet âge là, en embrassant une demi douzaine de garçons différents pendant une fête d'anniversaire. C'était la grande époque ou elle se peignait les ongles en noir comme Robert Smith et ou elle portait un patch "My Bloody Valentine" sur son blouson en jean. Ca cartonnait grave pour elle, d'autant que tout le monde lui trouvait plus ou moins une vague ressemblance avec Jodie dans Hartley Coeurs à Vif. La totale quoi. Babette entreprend avec une volonté certaine de se lever pour remettre de la vodka dans son coca, mais un déséquilibre brutal la remet à sa place, le temps de réaliser que la dernière fois qu'elle s'était trouvée debout, c'était avant d'avoir picolé. - « Comment peut-on être aussi conne, aller se foutre à moitié à poil sur une plage aussi fréquentée, gaulée comme ça ? se scandalisa-t-elle, brandissant un magazine sur lequel figure la photo floue d'une actrice américaine dénudée, et, il est vrai un poil ridée. - Sais pas. Photoshop n’a pas du passer par là. Photographe incorruptible. » J'hoquète dans un haussement de sourcil traduisant mon désintérêt chronique quant à la conversation de Babette. Si l'on soutient une comparaison entre elle et moi, je tiens l'alcool avec une classe déroutante. Et pourtant, en l’état actuel et chaotique des choses, j’ai l’air d’une putain de souillon. C’est dire si Babette, elle, peut s’effondrer à tout moment. Lorsque je suis dans l'urgence, je suis capable de descendre une pression en deux minutes, ou de rouler mes cigarettes avec une seule main, tout en faisant autre chose de l'autre. Ce genre de trucs. Une dépravation avancée à peine travestie en habitudes de jeune fille affairée, dynamique. D'une façon tout à fait étrange, malgré mes manies viriles qui auraient pu ôter toute féminité à une ballerine virginale, je demeure presque une grâce, pas tant de cernes que ça, et toujours a peu près capable de marcher droit dans la rue en pleine après-midi. Le temps de tirer encore un peu plus sur la corde, et tout se barrerait en couilles, notez. A seulement vingt ans, je ne suis pas encore exactement ce que l'on appelle une Alcoolique Anonyme, pour la bonne raison que je bois presque toujours accompagnée. Néanmoins, c'est davantage par manque de pudeur que par souci de partager un bon moment. La perspective d'une vie, la mienne en l'occurrence, s'étalant tel un rouleau de PQ tombé de son dérouleur, me terrifie au plus haut point. Vider un magnum de somnifères avant d'aller au lit ne me fait pas peur en cas de total échec, mais en attendant, je me soigne avec application à la vodka et au pétard, bien que mon budget défonce ne dépasse pas cent euros par semaine, ce qui reste dans la normale pour un étudiant de ma prépa. Ca ne se dépense pas comme ça, un mois d’argent de poche. Parfois, je ne peux m’empêcher de penser que mes parents sont au courant pour la drogue, l’alcool et le reste, et qu’ils me donnent volontairement assez d’argent pour que je puisse continuer à ma guise à me défoncer sans les faire trop chier outre mesure, par exemple, en me suicidant. Tout ça pour vous dire que quand je suis raide, comme actuellement, je réfléchis, je pense, de conclu, je déprime, je déduis, je fais même des choses de mes mains, et mon cerveau est en permanente fécondité. Babette, elle, quand elle est soûle, c’est simple, elle ne fait plus rien, elle devient une plante verte. Ca à le mérite de la rendre reposante. - « Tiens pétasse, glapis-je, en lui tendant une bouteille déjà peu glorieuse. - Et t'avise pas de recommencer », je menace, jetant un œil grossier à mon tapis. Babette, à l’instant ou je viens de prononcer ces mots, est épouvantablement maladroite car inattentive et soûle. Quand elle approche de telles sphères, je suis bien capable de m’en apercevoir, et je sais qu’absolument rien n’est à l’abris dans ses mains. La moquette de mon apparte a trinqué à maintes reprises toutes sortes de jus, roses, blancs, rouges, dorés. Cela me crispe, car la vodka de qualité ne m'indispose jamais, mais la voir foutre le camp par terre, oui. - « Avec la thune qu'elle encaisse, elle pourrait se faire mettre un coup de bistouri, je sais pas, lipo, botox, collagène, quelque chose. - Moui, oui. Ca n’est pas super urgent non plus, tu noteras qu’elle se tape quand même … comment il s’appelle déjà l’autre crétin ? - Ashton Kutcher. - Ashton Kutcher, voilà. - Tu as sommeil Clo ? » Je jette un coup d’œil limite grossier à ma montre. 3h15. Plus de six heures qu’elle est là, dans mon salon. Une véritable performance olympique pour moi. En guise de réponse, je lui place un bâillement exagéré, je crois que je l'ai assez vue pour ce soir. J'ai généralement trop peu de choses à raconter à Babette pour meubler une soirée entière, c’est soit picoler à fond de cale pour la supporter, soit avoir mon cerveau pour parler. En fait, je la trouve stérile, inadaptée. Simplement, je me suis habituée à elle, comme on s'habitue à un chien ramassé au bord d'une route l'été. Babette est une amie d'enfance, sorte de relique de ma vie passée que je ne peux pas me résoudre à balancer, comme quand on se refuse à jeter une fringue qu’on ne met jamais, parce qu’on ne sait pas si un jour, on ne va pas vouloir l’assortir à une belle pièce. Mais jamais Babette ne s’assortira à un truc fabuleux, et je suis bien trop idéaliste. Je m’étais pourtant dit, un jour de lucidité accrue, que j'avais déjà fait trois fois le tour de cette conne, et qu'il n y avait plus rien à en tirer. Bien que j'aie pu nourrir une infime affection pour elle à une lointaine époque de mon adolescence, elle fut rapidement gelée dans un détachement froid en grandissant. Babette était l'exemple typique du bien-être consommé sans une once d'esprit. Un idéal de suffisance dénué d'humour, la parfaite symbiose entre l'entêtement d'un pit-bull et la fierté d'un chat siamois. Parée à traverser la vie dans un état d'esprit proche de celui d'un quelconque despote politique du siècle passé, les grandes idées en moins. Mais ce soir elle payait sa bouteille, ça la rendait admissible. Il suffisait de ne pas faire attention plus que ça, elle serait bientôt partie dormir, et soûle qu'elle était, elle oublierait le reste de vodka. |
11.3.06
Comme un lundi |
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Neuf heures trente du matin, j’esquinte déjà le micro de mon téléphone : - « Non docteur, je ne suis pas satisfaite de ce traitement, je vous demande de me prescrire un truc efficace, Léonie passera chercher l’ordonnance dans après-midi, mais veuillez la préparer tout de suite s’il vous plais, qu’elle n’ai pas a repasser en plus de son retard, soyez compréhensif je n’ai pas de temps à perdre avec une connerie de microbe que vous pouvez massacrer en une seule prescription et deux jours de traitement, je suis pressée, je dois être en forme, je dois être parfaite, je dois être lucide, j’ai des clients importants cette semaine, toutes les semaines, je ne peux pas me permettre d’être malade, jamais, j’ai une vie professionnelle qui ne pardonne pas, comprenez bien que je ne suis pas une de ces grognasses qui viennent vous voir parce qu’elles s’emmerdent entre deux épisodes de leur soap favorite et qu’elles sont trop fauchées pour se payer un psy, je veux être soignée immédiatement, vous m’avez bien comprise docteur, immédiatement, je souhaite de l’efficacité et de la compréhension de votre part, ainsi que du professionnalisme, oui, oui, mais je suis désolée mais je dois raccrocher j’ai une réunion, non, faites cette ordonnance, Léonie va passer pour 15 heures, je compte sur vous, nous en reparlerons plus longuement lors de ma prochaine consultation au revoir docteur, bonne journée à vous aussi. » Deux jours d’arrêt maladie pour ne pas être soignée, je t’en collerais du temps perdu sur mon planning, putain de toubib à la con, taré de hippie avec tes cachets de merde, pourquoi pas de l’homéopathie et des tisanes ? Le cimetière de gobelets de plastique délimité par mon clavier et mon téléphone vient d’accueillir un nouveau cadavre qui lui non plus ne sera pas recyclé. Je griffonne une note sur-urgente sur un post-it orange (les jaunes étant réservés aux urgences modérées, et les roses aux notes d’informations) tout en donnant des directives séquentielles à ma secrétaire, Léonie, que je somme de rattraper son retard sur l’organisation de ma semaine de travail à Los-Angeles. Je veux connaître le nom de mon hôtel dès cet après-midi, savoir quelle voiture j’aurais à l’aéroport. Organiser un voyage est une tâche simple mais qui prend du temps aux esprits peu véloces du petit personnel : Léonie déjeunera d’un sandwich devant son Mac, rien à foutre de son régime. Comme je raccroche déjà bien énervée, c’est le moment que choisit Anna, ma commerciale, pour passer dans mon bureau. Elle doit me donner une information importante, genre avertissement de dernière minute concernant la concurrence. Toujours bien mise, chignon stylisé, montures de lunettes chaque jour différentes, tailleurs parfaitement ajustés, ligne épurée, Anna est une gravure de mode de bureau, son seul défaut réside en la forte pigmentation de ses cernes. Indéboulonnables, à en faire cauchemarder les plus brillants dermatologues. Anna est affolée, et personne mis à part moi ne peut s’en rendre compte tant elle ne laisse rien paraître, jamais un point de laissé-aller chez elle. Mais je la sais anxieuse, cela s’entend à son débit de parole ; légèrement plus rapide qu’à l’habitude. Je ne l’écoute pas, puisqu'elle aura tout le temps de répéter quand j’en aurais envie. Le mug qu’elle tient doit contenir son quatrième expresso de la matinée, elle paraît tout de même particulièrement bien stressée, sur la brèche. Je dois penser à la mettre en vacances forcées le mois prochain si je ne veux pas qu’elle me fasse une putain de dépression nerveuse. Les gens mettent en général six mois a en sortir, Anna en claquerait. Comme elle me gonfle à n’en plus finir, je lui exprime mon souhait de la voir disparaître de l’embrasure de ma porte en imprégnant mes traits de toute la placidité de l’être humain pensif, la mine plombée sur mon écran. Elle ne bronche pas et semble vouloir absolument y aller de son couplet stratégique, je la chasse d’un « Plus tard. » semi-excédé, mais professionnel. Mon dossier de spécifications techniques est encore bouillant, et j’ai jusqu'à demain soir pour le boucler et l’envoyer à la validation normative qui se fera en haut-lieu. Une putain d’histoire d’optimisation de réactivité sur les traitements de commandes de produits de téléphonie IP v7 en Asie du sud-est, et mes deux analystes n’ont pas été foutus de me terminer ça tout seuls. Ce n’est pourtant qu’une architecture de workflow à reconcevoir entièrement, un cas d’école basique, rien de complexe pour eux là-dedans, et je vais pourtant être obligée de débaucher un troisième cerveau pour terminer le truc dans les temps, parce que les deux autres ne sont pas productifs. L’inexpérience est actuellement la seule et unique excuse à leur manque d’efficacité. D’ici quelques mois, elle ne sera plus, et je pourrais leur gueuler dessus sans limite pour les faire avancer à un rythme enfin pleinement profitable. Quand on est recruté comme cadre d’étude à leur âge et qu’on a déjà de quoi se payer une caisse à trente plaques sans crédit avec seulement six mois d’ancienneté, on ne compte pas les heures. Je porte aujourd’hui ma tenue de travail, un simple costume Hugo Boss noir en laine. Mon sac est un modèle Westwood de l’hiver dernier, bandoulière, noir, avec un volume confortable, pour y foutre mes quatre téléphones et le reste de mon indispensable bordel. Ma coupe de cheveux date déjà de quinze jours, et je pense très fort, afin de m’en souvenir le plus longtemps possible, qu’il faut que je demande à Léonie de m’obtenir un rendez-vous chez Carita pour ce vendredi, ceci dès que j’aurais inspecté mon emploi du temps pour ce midi. Qu’elle prévoit que me je fais toujours faire une manucure dans la foulée me paraît improbable, cela serait trop fin de sa part, je lui rappellerais donc, contrainte et forcée. Léonie est une fille qui a de gros problèmes de compréhension et de mémoire, elle est incapable de retenir l’information qu’on lui communique dans son intégralité et son exactitude. Elle gère assez mal le perpétuel différé de trente secondes entre sa pensée et son flot de paroles qui met à mal toutes nos conversations. C’est une fille idiote mais dévouée, que je garde gracieusement à mon service car sa mère était une amie de mon père, et ce malgré le fait qu’elle tape sur son clavier avec deux doigts, ce qui m’emplit de honte chaque fois que je lui dicte un courrier et que nous ne sommes pas seules. En effet, Léonie étant mon assistante personnelle, tout le monde est en droit de penser que c’est moi qui ai enrôlé une telle abrutie. Tandis que je relève mon déjeuner du jour sur mon Palm, voilà que le pire apparaît à mes yeux en surbrillance : lundi 23 février 2021, 12h30 au Sushi Bar, avec les mecs de Apple Asie, et Anna. Voilà qui explique sa précédente irruption, paniquée, dans mon bureau, il y a dix-sept minutes. Je jette un coup d’œil à mon client mail, déjà deux messages d’Anna depuis qu’elle est s’en est retournée. Bonne fille, la caféine te perdra. La mère d'Anna était un émérite professeur d’arithmétique, passée à deux encablures du prix Nobel et de la postérité par la grande porte (ses travaux auraient entre autres permis de construire le premier processeur travaillant de façon stable en base décimale, mais aucun prototype n’a été réalisé pour des raisons de coûts). Sa fille a hérité de son esprit cartésien et prompt à l'abstraction. La mère d'Anna se trouvait à l'aéroport international de Boston, ce mardi matin, ou elle venait de donner la veille une conférence sur la logique floue au MIT. Alors qu'elle attendait d'embarquer sur le vol n°11 American Airlines en partance pour Los-Angeles, elle envoyait un ultime mail à sa fille unique depuis le terminal de l’aéroport. Femme plus que sollicitée dans son monde, toujours en déplacement, réclamée aux quatre coins du globe pour ses travaux et son talent, elle n'avait pas été là pour la rentrée des classes, et elle culpabilisait. Bonne élève et fille aimante, Anna venait de rentrer en première scientifique au lycée. Ce matin là, elle était en classe de chimie, entrain d'équilibrer des séries d'équations. Sa mère lui expliquait dans son courrier qu’elle faisait escale à Paris la semaine suivante, pour trois jours, et qu’elle sortirait sa fille copieusement, pour rattraper le temps volé par les conférences. Le mail partit via le réseau téléphonique américain, et le 767 prit son envol vers les hauteurs de la tour Nord du World Trade Center, qui attendait sur son aire. Emportée dans l’explosion d’une salve de kérosène, la mère d’Anna devint chaleur et lumière, alors même qu’elle n’en était qu’au constat suivant : elle n’était pas encore prête à accepter la fin de toute chose. La petite n’a pas été ménagée quand à la nouvelle, elle appris l’horreur dans sa totalité en début d’après-midi, après son repas au café. Anna était au courant des déplacements de sa mère au jour près. Alors qu’elle déjeunait, les premières images ahurissantes des flashs spéciaux tombait sur les écrans. Anna retourna en cours une semaine plus tard, sous traitement antidépresseur et habillée de hardes noires jusqu’à la fin novembre. Elle ne desserra plus les dents, toute joie de vivre l’avait quittée pour un temps, indéterminé. Depuis cette époque, les enchevêtrements de bureaux en hauteur rendent Anna nerveuse et remuante, et le fait qu’elle soit en permanence sous l’effet d’anxiolytiques divers ne calme pas son trouble. A vrai dire, rien ne calmera jamais plus Anna, qui rêve toutes les nuits de crashs, d’appareils immenses remplis de kérosène en pleine explosion, s'écrasant au sol, de carcasses sifflantes, ulcérées, chargées de gens déjà brûlés, encore vivants la seconde d'avant, des avions qui se vautrent lamentablement sur la ville, qui tranchent de tout nouveaux boulevards haussmanniens dans les barres d’immeubles, qui s'écrasent en pleins Jardins du Luxembourg, en plein forum des Halles, en pleine tour Montparnasse, qui frappent un peu partout, les esplanades, les squares, et paf la gare de Lyon, et boum les Champs-Elysées, et bam l’Arc de Triomphe, et Paris n’est qu’un vaste champ de tir pour Boeing cramés de la proue à la poupe, des avions qui s’empalent sur l’Obélisque place de la Concorde, vont s’encastrer dans la façade de l’Opéra Garnier, fondent entre les tuyauteries géantes du centre Pompidou, cristallisent des hordes de touristes japonais sur le Parvis de Notre-Dame, et Anna continue de cauchemarder, elle brûle, toutes les nuits, se réveille en nage parce que dans ses rêves, des avions tombent en plein dans la fenêtre de son bureau au douzième étage et la poursuivent jusque dans le métro, de la Défense jusqu’à la place d’Italie. Anna, qui est ma seule commerciale valable parmi un tas de branleurs insupportables, continue de prendre l’avion tous les dix jours en moyenne pour m’accompagner. Anna, qui est une fille intelligente et dévouée à son travail, embarque sans jamais prendre de surdose médicamenteuse alors que ce serait si facile de s’aider, de se mettre le compte dans le terminal. Anna qui voyage sans se faire remarquer plus que de raison pendant les turbulences et n'emmerde pas le personnel aérien avec ses états d'âmes d'orpheline du terrorisme. Anna qui ne se plaint pas des pubs exaspérantes sur les sacs à vomi, qu’elle est fréquemment contrainte de lire inconsciemment entre deux spasmes pendant que l’avion rejoint son altitude de croisière. Anna qui, en vol, visualise souvent les derniers instants de vie des condamnés à mort de crash aériens, tandis que les autres passagers, dont les mères sont peut-être entrain de jouer au bridge ou de prendre un cours d’aquagym, se débarrassent de leurs ceintures et sortent leur bouquins, insouciants et blasés. Anna est obligée de prendre l’avion souvent. Depuis près de vingt ans, elle se rend toutes les années à New-York, pour changer les roses grises de sa mère qui fanent chaque automnes sur les murets en marbre de Memorial Park, non loin de l’endroit ou se trouvait Ground-Zero il y a encore quelques années. Je pourrais être son amie puisque Anna m'a raconté tout cela une après-midi dans un Starbucks de Manhattan, alors que nous rentrions en France le soir même. Elle était assise dans un fauteuil cossu, entrain de déguster un Caramel Macchiato tandis que je vidait le reste de mon paquet de Phillip Morris ultra lights, réalisant que c’était encore une connerie d’essayer d’arrêter de fumer en diminuant l’apport de nicotine. Elle avait fondu en larmes alors que nous commentions tranquillement les asymétries et les décrochés fabuleux de l’architecture du World Trade Center. La voyant dans le besoin de se confier et de parler, je terminait de ruminer intérieurement et me contentait enfin d’écouter l’histoire de sa mère, son adolescence perdue, sa phobie des bureaux en hauteur et des avions. Son histoire me toucha, mais avec le recul, je pense que c’était plus du à la fatigue et au jet-lag qu’à une réelle empathie. Nous furent proches à cet instant, presque intimes, et je n’ai jamais plus ressenti cela au contact d’Anna, je ne sais pas reproduire les moments d’humanité. Je dois terminer le travail pour lequel on me permet d'être riche. Coup d'œil à ma montre, bientôt l’heure de descendre en ville, et je n’ai évidement pas faim, tellement je suis vrillée par les amphètes et tellement je fume. Cinquante clopes par jour, depuis qu'on sait guérir le cancer en une heure par prise orale de nano-bots, personne ne se prive d’exagérer. Du moins, personne qui ne soit plein de pognon, car les autres ont encore droit à la bonne vielle chimio des familles. Manger, quelle idée saugrenue, on ne pourrait pas remplacer les déjeuners d’affaires par des promenades d’affaires ? C’est sans compter que les japonais au japonais, je ne suis carrément pas d’humeur. Plein le cul de bouffer des algues, mais je n’ai pas le choix, il ne faut pas contrarier les clients tant que les contrats n’ont pas refroidi de leur tour de grand-huit dans l’HP laser. Je décroche le téléphone de mon bureau et demande sans aucune formule de politesse à Léonie de me prendre un rendez-vous chez Carita pour vendredi, sur quoi elle se sent obligée de me prévenir du caractère périlleux de l’exercice, comme si j'en avais quelque chose à foutre : « Ce sera certainement difficile d’en obtenir un pour cette semaine en s’y prenant le lundi, Chloé », et je lui demande, avec encore un peu de retenue de se débrouiller, tout en essayant de continuer à parler avec calme, mais très vite à cours d’arguments et de patience, je m’énerve, et je veux qu’elle se démerde « putain » si elle tient à garder son boulot de planquée à quinze mille, et je lui sers ma plus belle prose téléphonique qui va encore me valoir le sempiternel « sale-pute-ma-chef-salope » à la pause café avec ses losers de collègues. Mais puisque de toutes façons je suis la tortionnaire autant aller jusqu’au bout de mon inhumanité, et alors je lui explique finalement dans une rage noire qu’il faut « se bouger le cul et savoir s’imposer ma petite, prendre un putain de rendez-vous chez un visagiste pour les gens sérieux et pressées qui n’ont pas que ça à foutre d’organiser leur journées eux-mêmes, ça n’est pas si compliqué non ? » Pour clore la conversation et appuyer le fait que sur cette ligne téléphonique interne, c’est précisément moi qui commande et surtout pas quelqu’un d’autre, je lui rappelle avec humeur de me donner mes infos pour L.A. en début d’après-midi sans faute, avant de passer chez mon docteur, de prendre les antibiotiques, et je lui hurle de me booker cette fois-ci un hôtel avec un restaurant français. Je raccroche, exténuée, mais je panique aussitôt de mon oubli. N’ayant pas le courage de la rappeler d'ici deux minutes, de peur qu’elle me dise qu’elle n’a pas pu obtenir de rendez-vous chez Carita avant la semaine prochaine, ou, pire, qu’elle va démissionner sans préavis, j’envoie un mail à Léonie pour lui préciser de me booker un vol sur BA avec une escale d’au moins 6 heures à Londres dans l’après-midi, que je puisse aller faire du shopping dans SoHo. Je clique sur Send la mort dans l’âme, persuadée que l’ajout de cette contrainte logistique va tant supplicier cette conne dans son cerveau qu’elle va prendre une demi-journée supplémentaire pour tout me boucler, et que par-dessus le marché, avec son sens naturel des distances et de la géographie, elle va me foutre sur un vol AA via Gatwick. Prise de panique par la perspective de devoir voyager une demi-heure de plus pour rallier le centre de Londres, j’écris un second mail à Léonie, précisant que je souhaite nécessairement une escale à Heathrow pour mon vol et qu’il ne sera pas question d’un autre aéroport ou même d'une autre compagnie (je re-précise mon choix pour British Airways, au cas ou cette idiote omettrais de prendre en compte mes premières conditions). Je réfléchis à une éventuelle escale new-yorkaise, puis me ravise : il me faut savoir modérer mes caprices en fonction des compétences de ma secrétaire, sans cela je risque de ne jamais arriver à Los-Angeles la semaine prochaine, à moins que ma boite ne veuille bien m’offrir un billet sur un vol stato. Je pourrais réclamer ce confort vu mon poste, mais je n’ai pas d’éléments pour justifier le fait de devoir faire un Paris New-York en trente minutes. Mon message pour Léonie comporte deux fautes d’orthographe honteuses, je l’envoie malgré tout sans correction, parce que Léonie n’est que ma secrétaire et que je l’emmerde, c’est moi qui chapote, accord de participe passé ou pas. Exténuée par ce que je viens de synthétiser à l’écrit pour que cette connasse évite de m’assortir d’abominables détours à d’infernales attentes, je me lève et me dirige vers les toilettes de mon étage. Il faut me rendre à l’évidence, aujourd’hui je n’ai pas le droit à l’erreur ni à la fatigue. Le rendez vous de ce midi est trop important, l’Asie du sud-est nous tiens un peu par les couilles, alors autant se mettre le compte et ne pas se louper, je serais moins molle à l’argumentation s’ils hésitent. Ma petite boite à pilules est posée sur l’abattant en céramique, j’en tire une froissure de plastique transparent. Méthodique, je sors mon AmEx, dégage deux lignes distinctes, et je me refait le nez, à gauche, puis à droite. Je range mon bazar et me retrouve aussitôt à la machine à expresso, ou je me prépare un triple cappuccino, histoire de parfaire mon état alerte, avant de retourner à mon bureau. Je me félicite intérieurement, les chiottes de cette boite en ont vu des vertes, j’ai été raisonnable aujourd’hui si l’on regarde le boulot que je dois encore me claquer cet après midi. Avant de partir déjeuner dans le meilleur restaurant japonais de la ville alors que je n’ai absolument pas faim, je me prépare à rédiger un ultime mail à mon équipe de subalternes techniques pour leur ordonner de finir un travail important et difficile que je n’ai même pas eu le temps d’évaluer en charges. J’en suis donc à pianoter les banalités d’usages qui me dédouaneront de toute responsabilités quand mon portable pro se fait remarquer vertement, suivi de mon téléphone perso, qui se met à sonner de façon plus discrète. Effarée par cette injustice probabiliste, j’hésite tout de même un dixième de seconde avant de regarder séquentiellement la présentation du numéro de chacun des appareils. Sur ma ligne pro, Mr Taguchi, le technico-commercial en chef de chez Apple. Sur ma ligne perso, mon fils, Victor, neuf ans, emprisonné ici-même sur mon bureau dans une photoframe électronique en mode random temporisé que je me suis procurée chez Colette. Victor sur un tricycle à Central Park West, 5 secondes. Dégustant un cheeseburger à même l’emballage place Saint-Michel, 5 secondes. Endormi dans l’avion pour le Mexique, 5 secondes. Cri de joie à Disneyworld Tokyo, 5 secondes. Rire sur la pelouse du parc Borely, à Marseille avec ses grands-parents, 5 secondes. Entrain de déballer ses cadeaux de Noël chez sa marraine Elisabeth, 5 secondes. Finalement, entre l’école privée catholique franco-anglaise qu’il fréquente et l’éducation draconienne que je lui ai prescrite, j’ai fait de mon fils un enfant tellement consensuel qu’il est à peu de chose près assimilable à une pub pour le chocolat Kinder. Il n’est pas midi, nous sommes lundi. Il devrait être en classe, et je ressens une légère inquiétude mêlée au stress que provoquent ces deux appareils sonnant de concert, et est-ce que Léonie m’a appelé un taxi pour ... Je l’envoie sur le répondeur, décalotte mon NEC et tousse pour articuler : - « Taguchi-San, how do you do ? Having a nice journey in Paris ? » Mon travail, mon univers. |
28.8.05
Business is business |
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Le monde des affaires est hostile et compliqué. Difficile d’y faire son trou, difficile d’y rester durablement. C’est ce que je suis en train de me dire en regardant les deux flics s’approcher de mon comptoir. Les mêmes que d’habitude, le blond et puis le brun tout le temps mal rasé. Des sous-fifres venus faire les courses de leur patron. - Salut la vieille. Alors les affaires, ça roule ? - Comme d’habitude beau blond. Je réponds en glissant l’enveloppe sur le comptoir. Vous buvez quelque chose ? Le blond n’est pas si beau que ça, mais il empoche l’enveloppe quand même. - Ouais, un whisky pour moi et mon collègue. Rien à signaler ? - Si, les négresses de la rue d’Italie. Elles se sont encore rapprochées. Elles grignotent le trottoir comme une tante avale une bite. La semaine prochaine elles viendront tapiner jusque devant ma porte si ça continue. Faudrait voir à faire quelque chose. Le brun prend une poignée de cacahouètes et se met à les mâchouiller en regardant autour de lui. - On va s’en occuper. Toute façon leur mac on l’a dans le collimateur ces derniers temps. Ce connard diversifie ses activités et s’imagine qu’il peut s’amuser à fourguer de la came sans cracher à personne. Ou en tout cas pas à nous. Grosse erreur. Je leur sert leurs verres. Ils les descendent vite fait. Ils sortent sans dire au revoir. Salut les gars, à la prochaine. Ça, c’était pour le bakchich hebdomadaire, la protection policière indispensable à ma profession. Maintenant c’est l’heure du spectacle. Les obsédés du coin se rapprochent de la petite scène avec leurs godets à la main. Mes clients. Le spectacle c’est la mise en bouche. Les deux filles que j’ai pour danser les nibards à l’air devant ces blaireaux me servent juste à appâter la clientèle. Des officielles, Françaises, avec des papiers bien en règle et fiscalement nettes. Je les oblige pas à coucher avec les clients, elles le font seulement si elles le veulent bien. Je prends 20%, et j’estime pas être une chienne sur ce coup-là. Le spectacle c’est juste pour l’esbroufe. La partie la plus juteuse de mon affaire c’est au dessus que ça se passe. Quatre chambres, cinq filles. Des filles de l’Est, fournies par le mec qui se fait appeler le Grec alors que tout le monde sait qu’il vient de Bulgarie. Je les récupère dans un sale état en général, amochées, apeurées, pas nécessairement impatientes de se mettre au boulot. Ça me dérange pas. Plus elles sont abîmées et plus je peux négocier leur prix, obtenir une ristourne en raison du mauvais état de la marchandise. Tout se paie de nos jours, absolument tout. Si un client se sent de se faire un petit rodéo bien musclé je suis pas contre, du moment qu’il y met le prix. La durée de vie d’une fille chez moi c’est à peu près six mois. A la fin je les bazarde pour à peine moins que ce que je les achetées, quelque soit leur état. Toute façon en général pour elles c’est le bout de la route, le type à qui je les fourgue ne fait pas dans la finesse : ses clients sont friqués, très friqués. Et plus y a de fric, moins y a d’espoir pour les filles. Et puis c’est le meilleur moyen de rester en bons termes avec les notables de la ville. C’est une affaire qui roule plutôt bien. La fille qui commence à se trémousser sur de la mauvaise techno ici elle s’appelle Sandra, mais c’est pas son vrai prénom. Sandra c’est son nom de scène en quelque sorte, les prénoms qui finissent en « a » ça colle toujours très bien aux petites putes dans son genre. Elle danse mal, la lumière est pourrie, elle a pas un brin de classe mais c’est pas ça qui fera fuir mes clients. Minable, vraiment minable. C’est limite s’ils la voient en fait. Eux pensent déjà à ce qu’ils pourront bien faire une fois dans une des chambres d’en haut. Des fois je me dis qu’il faudrait que je rende le bar un peu plus classe, sans doute que comme ça j’arriverais à accrocher une clientèle un poil plus huppée. Vers la fin du show de Sandra je vois Slovan qui entre. Il se dirige vers moi. Slovan vient chercher les cassettes. J’ai eu l’idée de dissimuler des caméras dans les chambres l’année dernière. Je me suis dit que ça ferait une rentrée d’argent supplémentaire, à condition de rester discret, ce genre de chose ça ferait pas trop plaisir à mes clients. Et Slovan est discret justement. C’est aussi lui qui se charge de faire disparaître les corps en cas d’accident, moyennant paiement bien entendu, c’est arrivé seulement deux fois jusqu’à présent. La discrétion c’est certainement sa seule qualité en dehors de son sens des affaires. Il écoule la marchandise en dehors du pays. Il s’en tire plutôt bien dans cette histoire, et moi aussi au passage. C’est pour ça que je suis pas contre le fait que mes clients tabassent mes filles si ça leur chante : une bonne cassette c’est une cassette avec du sang sur la bande. Plus y en a et plus elle se revend bien. Du réel, de la souffrance, de la violence et des coups, c’est ça que les gens veulent. Alors autant que ce soit moi plutôt qu’une autre qui leur en fournisse. - Salut la vieille, alors quoi de neuf ? Il a un bon accent de l’Est celui-là encore. - Impeccable Slovan, impeccable. T’arrive à la fin du spectacle on dirait. - De la merde ton spectacle, et tu le sais. Et puis c’est pas pour le plaisir des yeux que je viens. - J’imagine bien. Six cassettes cette semaine. Rien d’extraordinaire, le reste valait pas le coup. Ils ont pas la pèche en ce moment. Je lui sers son verre de Martini habituel. Il le prend et me regarde à travers le liquide translucide. - C’est cette putain de chaleur, ça rend tout le monde mou comme une chique. Il avale son verre d’un trait et attrape le paquet que je lui tends au dessus du comptoir. J’ai quelque chose à te proposer la vieille. Les propositions de Slovan sont toujours extrêmement lucratives alors je lui fais signe de continuer. - J’ai un client, un gros, qui voudrait des films spéciaux. Des snuffs ça s’appelle. Je suppose que tu vois ce que c’est. Evidemment que je vois ce que c’est. A la télé de temps en temps ils en parlent, et en général pour dire que ça rentre dans le cadre de ce qu’ils appellent les légendes urbaines. Que ça existe pas. Bien sûr que ça existe. Faudrait vraiment être naïf pour penser qu’une idée aussi juteuse n’est jamais été exploitée par personne. - Je sais pas Slovan, faudrait que j’y réfléchisse. Au niveau des filles j’ai pas d’arrivée prévue avant deux mois, ça m’emmerderait de devoir tourner avec une ou deux putes en moins d’ici-là. Ça fait pas mal d’argent de perdu. Slovan rigole un peu. L’argent, ça le fait toujours rire. Pourtant je sais que ceux qui lui en doivent ne se marrent pas des masses, ou alors vraiment pas longtemps. - Non, on va pas prendre une de tes filles pour ça. Toute façon mon client a été très clair sur ce point : il veut de la négresse. Lui et ses potes c’est ça qui les fait bander. Font de la politique. Des gros poissons. Pas la peine de te faire un dessin. Non, c’est sûr, pas la peine. Slovan enchaîne : - On prendra une de ces putes qui grignote ton territoire. Ça foutra les boules à leurs putains de macs à la con. Et ça nettoiera un peu le trottoir devant chez toi. Slovan commence à vraiment m’intéresser. - Ok je fais, mais si tu prends pas une de mes filles je vois pas trop en quoi tu as besoin de moi. - J’ai besoin de tes piaules c’est tout. Ça a l’avantage d’être au calme et on risque pas de voir les flics débarquer chez toi. Sans compter que tu as déjà une partie du matériel sur place. Je m’occupe du reste. Je fournis les gars et les filles. Je fais le nettoyage. Je fourgue les cassettes. Je prends 70%. Le monde des affaires est hostile et compliqué, c’est vrai, mais il est aussi plein de rebondissements et d’opportunités, plein de fric pour ceux qui n’ont pas peur de se salir les mains. Sandra est en train de faire un rappel. Les blaireaux en veulent pour leur pognon aujourd’hui. Y en a même quelques-uns qui ont applaudi. Je regarde Slovan. Je dis : - Va pour 30% alors. Un autre Martini ? « Les call-girls gâchées du trottoir qui sucent pour un dollar alors qu’on dîne à deux lames de rasoir de là, fiancées face aux fusils en chiens de faïence et enchaînées là par un bonimenteur bâtard, un marieur un miroir amateur de cauchemars. » Rédigé par Norma Jean Baker. |
27.7.05
C’est aussi ça l’amitié |
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- Je veux que personne ne fasse jamais plus jouir cette pute, ni dans cette vie, ni dans une prochaine, avait dit Maria, triomphante, le rabot électrique à la main. Un hurlement des plus commun avait suivit, et j’avais fixé la profondeur de coupe du rabot sur deux millimètres, pendant que Maria avait eut un rire gras ponctué de saccades nerveuses, ce qui me gênait un peu pour faire le réglage. Après quoi j’étais rapidement passé dans la pièce voisine, portant le volume de l’ampli à son maximum. Maria est une véritable psychopathe qui compte tous les symptômes sur le papier, j’ai parfois du mal à la contenir dans ses élans de sauvagerie, mais elle apporte le plus produit « terreur sanguinolente et folie furieuse » à notre petite affaire. Alors je la supporte. En quelque sorte, c’est du marketing à l’état pur. Je la laisse finir le boulot de temps en temps, sans toutefois lui laisser l’organisation et les trucs importants. Mais je trouve qu’elle a le feeling pour les finitions, invariablement. J’ai fermé la porte avec soin, et pour changer, j’écoute du Black Bomb A, comme à chaque fois que nous faisons notre sale partie du travail, parce que ça me permet de me rappeler que la vie n’est pas rose. C’est malheureux mais qu’est ce que vous voulez faire : on ne peut pas se permettre de se laisser émouvoir, c’est avec ça que je mange. J’entends quand même un peu crier à coté. Ou alors, c’est dans le morceau. Je ne sais pas trop, et c’est le but. Je me suis assise sur le canapé défoncé du local, et en guise d’éclairage, il y a la petite lampe rouge sur la table basse et une ampoule électrique au dessus de moi, qui a des ratés des plus glauques. J’éventre une cigarette à même la table et je commence à répandre du pollen par dessus, et je mélange bien le tout à chaque fois, quand Maria fait irruption dans la pièce, elle tiens toujours le rabot branché et j’évite de regarder la surface de l’instrument, et elle déjà me jette son habituel : « j’ai fini, tu viens voir ? » et c’est bien ce que je redoutais, elle a encore fait super vite. Cheveux ébouriffés tel un plumeau et les pupilles complètement dilatées, deux ronds rouges sous les yeux lui servent de visage, tête de folle qu’elle se paie, on dirait une poupée de chiffon trippée. Je souffle, je n’ai décidément jamais une minute à moi, cette fille ne sait pas s’amuser seule. Je lui dit que j’arrive tout de suite, je n’enlève pas mes écouteurs, elle repart dans l’autre pièce ; alors je fais un filtre mauve avec un ticket de métro et fini de rouler mon pétard, avant de prendre l’appareil photo. En entrant, comme je suis maniaque, ma première pensée va à mes bottes, au ménage à faire, et à la pièce à frotter, mais ça ne dure pas. La fille si fraîche que nous avons cueillie tout à l’heure dans la rue sur une simple photo n’a plus ni tenue ni entrejambe, il s’agirait plutôt d’une sorte de salade de viandes dans les tons de rouges et de roses qui gît là sur la table. Un peu de violet, un peu de blanc. Assez tendance. Pourquoi pas. Maria a attaché chacune des jambes de la fille à une chaise, pour qu’elles soient bien écartées, comme pour un examen gynécologique. Ca n’a pas été fait de façon très soignée, d’ailleurs, tout le rouleau de gaffer y est passé. J’engueule Maria sous le prétexte que bordel, ça se voit que c’est pas elle qui achète le scotch. Je me place sur le coté, et je shoote une première fois la fille, de profil. Pas bien convaincue. On nous a commandé un truc vraiment gore et sans pitié, du coup je n’ai pas l’impression que ça sera suffisant, mais je mets ça sur le compte de ma propre habitude. C’est vrai que je n’ai pas le même degré de sensibilité que le commun des mortels devant un tas de chairs mortes, et il convient de me le rappeler quand je deviens trop critique envers mon travail. Je tourne un peu autour de la scène, cherche un point de vue émouvant. Me place finalement devant le corps, entre les jambes. Je n’aime pas trop faire de photos de cadavres extra-frais, je trouve que le sujet est trop facile et il n’y jamais besoin de faire d’efforts techniques ou artistiques : le résultat est toujours à la fois gracieux et troublant. Je m’approche du visage de la fille, car il me semble que Maria, avant de passer toute la zone au rabot, a quand même pris la peine de faire des reliques. En effet : qui penserait à faire un bindi indien à une hollandaise avec son propre clitoris ? Certainement pas grand monde. Je tire sur mon pétard, avec un sourire client, je jette un œil à Maria, qui contemple son œuvre : ahurie, défoncée, en nage, pantelante dans son short et ses tongs fluos, toujours avec son rabot à la main, et j’ai envie de rire, je suis prise d’affection pour elle, car elle ne me déçoit jamais et me surprend toujours. Je prend un gros plan du visage de la hollandaise, elle a une expression énervée et ridicule, comme si elle était une supportrice d’une l’équipe de foot de seconde division qui vient de se prendre un but. Je me rend compte que Maria est vraiment créative, limite artiste, je suis décidément hilare, et elle aussi, et je n’arrive plus à cadrer « tu es une psychopathe finie ma fille, un jour, on fera des films sur toi et les gens sortirons de la salle avant la fin » et je n’aime pas dire des trucs comme ça parce que je suis sûre que tout le monde l’a plus ou moins fait avant nous, avant de se faire griller la tronche par 2000 volts ou tomber dans l’oubli et l’anonymat en prison. Je fais une macro du clito découpé qui a fait une auréole pourpre sur le front de la hollandaise, a peu près certaine que ça aura son petit effet dans la série de photos. Maria m’explique qu’elle voulait quand même le séparer du reste du carnage, pour être sure et certaine que la fille ne le récupère pas dans l’au-delà. Je lève les yeux au ciel : - Tu lui en voulais à ce point que tu veux pas qu’elle ai un seul orgasme pour les siècles des siècles ? Maria pose le rabot par terre et essuie son front du revers de la main. - Non. Mais tu comprends, là-haut, si elle peut pas se branler, elle s’occupera au moins de faire le bien sur la Terre, et veillera sur les petits malheureux, auprès des anges et du Bon Dieu. - Je te trouve assez mystique en ce moment. - C’est fashion. - Mais tu sais j’en doute, qu’elle veuille faire le bien, avec ce qu’elle vient de ramasser dans sa gueule et alentours. - C’est ce qu’on appelle une martyre. - Alors espérons qu’elle ai du goût pour le social. Cela dit avec la dégaine de traînée qu’elle avait au moment de rendre l’âme, faut quand même pas trop y compter. Maria et moi faisons le signe de croix et commençons à ranger. |
5.7.05
Les praires désespérément légères. |
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Je suis assise sur le canapé et je regarde la télé en finissant un paquet de gâteaux. Ce genre de petits gâteaux complètement bios qui font pas maigrir mais presque. Qui ne fait pas prendre de poids en tout cas. Ils sont pas terribles ces gâteaux. Un peu trop secs. Ils vont me mettre des miettes partout. A la télé c’est la pub. Une fille préside le conseil d’administration d’une grande entreprise et tout le monde l’applaudit parce qu’elle lave ses cheveux avec le bon shampoing. Au début de la pub c’est l’executive woman de base : un tailleur gris, des lunettes austères et puis des cheveux tirés en arrière ; à la fin elle libère ses cheveux, jette ses lunettes au loin et après c’est limite si elle se fout pas complètement à poil sur la grande table de la salle de réunion devant une bonne dizaine de jeunes cadres en costards tristes qui ont l’air franchement impressionnés par ses performances. Tout ça grâce à son shampoing. Ils disent même pas s’il sent bon. Faut croire que oui. Les pubs de la télé sont faites pour faire culpabiliser les filles comme moi. Pour qu’elles se sentent moches, pas assez attirantes, pas assez salopes, pas assez baisables. Personne ne m’a jamais dit que j’étais jolie. Personne ne m’a jamais dit le contraire non plus d’ailleurs. Sauf une fois peut être, au collège, un groupe de pétasses de ma classe prétendait que j’avais un gros cul. J’ai passé des journées entières à regarder mon cul dans une glace. Il était pas si gros que ça. Mais le mal était fait. Le doute s’était installé. J’ai jamais eu confiance en moi, et c’est peut être à cause de ça en fin de compte. Ni moche ni jolie, les garçons ne se sont jamais vraiment intéressés à moi. Les garçons ils préféraient les filles comme celles qui se moquaient de mon cul. Plus tard au lycée je les voyais qui tournaient sans arrêt autour d’elles, prêts à n’importe quoi pour sortir avec. Et tellement fiers d’eux lorsqu’ils y arrivaient. Puis tellement tristes lorsqu’ils se faisaient larguer quelques jours après. Je les voyais tirer des tronches pas possibles dans la cour. Alors j’allais les consoler, j’ai toujours été très forte pour jouer la bonne amie, celle qui prête son épaule pour pleurer dessus. Je les écoutaient se plaindre, chercher désespérément la raison de leur défaite, blessés qu’ils étaient dans leur virilité, dans leur honneur, comme si le problème venaient d’eux. C’était pas eux le problème, c’était les filles après lesquelles ils couraient. Manipulatrices, narcissiques, orgueilleuses, impitoyables, dans les vestiaires du cours de sport je les entendais se vanter de leurs conquêtes. Enumérer les trophées de leur tableau de chasse, comme si tout ceci n’était qu’une sorte de jeu cruel dont elles faisaient et défaisaient les règles selon leur bon vouloir. Elles riaient de bon cœur à l’évocations de leurs prouesses. Moi je ramassais les morceaux de ce qu’elles s’amusaient à briser. Je pensais les blessures de leurs amants éconduits, qui me demandaient en quoi ils avaient merdé les yeux pleins de larmes. J’essayais de leur expliquer. Mais pas plus qu’ils ne voulaient me voir, ils refusaient de m’entendre. Ils me baisaient une fois ou deux, peut être pour me remercier de les avoir écoutés, ils me baisaient sans trop de ménagement, sans me rendre la tendresse que je m’efforçais de leur procurer, sans doute pour faire passer leur rage, puis ils me quittaient sans passion. Repartis sentir le cul d’une nouvelle pétasse avec une plastique parfaite. Moi ça me rendait triste de les voir se tromper à ce point, d’aller chercher si loin le bonheur que je leur donnais malgré tout, ça me rendait triste et moi j’avais personne pour me consoler. Je restais seule, seule à regarder se jouer ce petit jeu stupide. Je leur en voulais pas pour ça, moi les garçons je les comprenais. Trop bien même. Je comprenais leur faiblesse. J’ai toujours aimé les garçons. Je les aimais pour leur fragilité, bien cachée derrière leurs faux-semblants, leur attitudes de petits coqs orgueilleux et révélée seulement grâce à la méchanceté de mes congénères de sexe féminin. Ce n’était pas eux le problème, c’était les filles. Ça a toujours été elles. La pub d’après c’est une pub pour un téléphone portable qui prend des photos. Un gars essaye de se faire prendre en photo par un de ses potes à côté d’une bagnole genre Ferrari sur le capot de laquelle attend une blonde à gros nichons, style c’est ma bagnole c’est ma meuf. Après il se fait gruger par la gonzesse mais comme de toute façon c’est une salope elle fini par prendre des poses de call girl en chasse, le mec il fait ses photos pis la fille elle ouvre son sac à main elle en sort les clés de la voiture, elle les donne au gars pis elle monte coté passager. Le mec il se pose pas trop de questions, il prend le volant de la bagnole pis il se casse en laissant son pote tout seul, celui qui tient le portable qui prend des photos. N’importe quoi. De rage, je balance la télécommande contre la télé. J’aurais bien aimé en bousiller l’écran. Mais non, la télécommande explose en une myriade de petits morceaux de plastique noir, qui retombent sur la moquette. Ça fera ça de plus à aspirer, en plus des miettes de gâteau. Moi je serais la fille, si je roulais en Ferrari je me ferais pas chier à me taper un petit connard qui veut faire le malin pour faire marrer ses copains. Mais non. Je ne suis pas cette fille bien entendu. J’ai pas de Ferrari, et d’ailleurs qu’est-ce que j’en ferais ? J’ai pas de petit ami non plus. Je suis trop aigrie pour ça maintenant. Quand je rencontre un homme, invariablement il se met à me parler de ses amours passées. Et à chaque fois je retrouve les mecs de mon lycée en eux, à chaque fois une blessure secrète, un échec incompris et mal digéré. Toujours quelque chose à reconquérir. J’en ai eu marre de servir de serpillière. Marre d’essayer d’aimer ces cons qui ne me voient qu’à travers toutes ces pétasses perdues, et pour un temps seulement. Les gagnantes, et les perdantes. J’ai plus envie de jouer si c’est moi qui perd tout le temps. Etre l’éternel joker d’une nuit c’est pas une vie. Pas celle que j’aurais voulu en tout cas. Aujourd’hui dans la rue j’ai croisé une de ces filles qui étaient dans ma classe au lycée, une de celles que je détestais le plus. Une belle blonde, belle poitrine et beau fessier, toujours aussi élancée, bronzée, attirante. La même que dans ces putain de pubs. Elle portait une jolie robe dans les tons rouges, très sexy avec un décolleté plongeant bien comme il faut, et un petit sac à main en cuir noir, ce genre de sac de pétasse qui semble être fait de plastique tellement il brille. Au début j’ai cru qu’elle allait pas me reconnaître, ou alors qu’elle me reconnaîtrait et qu’elle ferait comme si de rien était. Mais non. Elle a fait bien pire. Elle a mis une main sur mon bras, me forçant à m’arrêter. Elle m’a fait son grand sourire, celui qui faisait fondre les mecs tout autant que sa paire de nichons. Et qui doit toujours aussi bien fonctionner. Elle a dit salut tu te souviens de moi ? Bien sûr j’ai dis, Sonia c’est ça ? Oui, elle a fait, alors comment ça va ? Qu’est-ce que tu deviens ? Comme si on avait été copines à l’époque. Au lycée elle avait pas dû m’adresser deux fois la parole, mais là on aurait dit qu’on avait été les meilleures amies du monde, que la vie avait longuement séparé et qui se retrouvaient par hasard des années plus tard. Et elle avait l’air sincère en plus. On a échangé quelques banalités sur le trottoir. Puis elle m’a invité à boire un thé chez elle, le hasard ayant voulu que l’on se croise à deux pas de l’endroit où elle habite. Je sais pas trop pourquoi mais j’ai accepté. On est monté dans son appartement et après elle a pas arrêté de parler. A me demander et tu te souviens de Machin, et tu te souviens de Bidule ? Bien sûr que je me souviens d’eux. T’es sortie avec, puis tu les a jetés quelques jours plus tard. Et je me suis chargée de les consoler, comme toujours. Quand ils se sont retrouvés requinqué ils m’ont larguée puis sont repartis à la conquête d’une nouvelle connasse dans ton genre. Alors oui, bien sûr que je me souviens d’eux. On a plus ou moins le même tableau de chasse toi et moi. Sauf que je lui ai pas répondu tout ça, me contentant de répondre oui, je me rappelle, le brun avec les beaux yeux bleus, oui il était mignon. J’avais pas besoin de formuler des réponses très élaborées, j’étais pas là pour ça. J’étais là pour l’écouter évoquer des souvenirs qui auraient pu être communs. Elle avait l’air d’y croire. Pour l’écouter déblatérer sur cette époque tellement formidable, à l’entendre énumérer la liste de mes déceptions et de tous ces mecs que j’aimais en secret. Oui. Tous, je les ai tous aimés moi. La télé continue de déverser ce flot de conneries que ces connasses de féministes qualifient de publicités sexistes, comme autant d’autels dédiés à l’avilissement de la femme moderne. Les féministes évitent de dire, ou de penser puisque c’est pas leur fort, que ces pubs sont en grande partie conçues par des femmes. Ironie du sort ou simple cynisme je ne sais pas trop. Les féministes sont des connes, se sont des femmes qui n’aiment pas les hommes comme elles le devraient, qui ne les comprennent pas comme moi je les comprends. Elles se trompent de combat, de cible, leurs objectifs sont mauvais. Et c’est pas un hasard si leurs mecs sont des cons aussi. Une pub pour du mascara suit une pub pour du rouge à lèvre. Une pub pour une bagnole prétend fournir aux hommes l’écrin idéal dans lequel placer leur petit bijou aux mensurations de rêve. Une autre pub proclame que tout comme l’amour, les diamants sont éternels. C’est sûrement stupide mais je ne peux pas m’empêcher de me sentir visée. Alors là s’en est trop pour moi, de rage et de désespoir je jette le reste du paquet de gâteaux bios contre l’écran, de toutes mes forces. Une pluie de miettes vient rejoindre sur la moquette les morceaux de la télécommande. Je prends la tasse de thé froid qui est posée sur la table basse et lui fait suivre le même chemin. Elle explose dans un bruit de porcelaine brisée et un peu de liquide se met à couler sur l’écran. La télé continue malgré tout de débiter ses conneries, imperturbable, comme autant d’insultes dirigées à mon encontre. Elle me nargue. Elle est indestructible. Je me sens désespérément impuissante. J’ai du mal à me contrôler. Je sens les larmes monter. Je me mets à trembler. J’ai trop chaud. Je me lève et me dirige vers la cuisine en décidant que cette fois-ci c’en est vraiment trop. Je supporte plus. C’est la fin. Tout doit s’arrêter ici, et maintenant. Dans la cuisine il y a un petit set de couteaux de différentes tailles. Un bloc de bois avec tout un assortiment de lames glissées dans autant de fentes, et un fusil pour les aiguiser. Ce genre de truc que tout le monde possède sans jamais vraiment s’en servir. Histoire de décorer le plan de travail. Autant lui donner une utilité ce soir, une toute dernière fois. J’ai toujours trouvé que le meilleur couteau pour se trancher les veines, c’est encore le couteau à désosser. Celui dont la lame est longue, très fine et dont le fil suit une légère courbe. La viande est vraiment facile à détacher de l’os avec ce genre d’instrument, c’est peut être le destin mais j’ai toujours eu beaucoup de plaisir à en utiliser un. Je prends le couteau par le manche et me dirige vers la chambre. Je pousse la porte et je fais un petit coucou à Sonia. Elle est toujours à sa place, sur son lit, là où je l’ai laissée. Le chatterton dont je me suis servi pour la bâillonner et lui attacher les membres tient décidément bien le coup. La vision du couteau dans ma main ne semble pas la rassurer, elle se débat stupidement en essayant de hurler derrière son bâillon. Elle est beaucoup moins jolie comme ça, toute rouge, débraillée et les cheveux emmêlés. C’est toujours un mystère pour les gens quand on trouve une jolie fille suicidée, ils ne comprennent pas les gens. Pourquoi mourir quand on est si belle ? Pourquoi vivre quand on ne l’est pas ? Ils ne comprennent jamais rien, pas plus que la pub de la télé. Je dis je suis désolée Sonia, j’ai renversé quelques miettes de gâteau sur ta moquette, tu m’en veux pas trop dis ? Je nettoierai tout avant de partir si ça peut te rassurer, oui je vais tout nettoyer c’est promis. Aujourd’hui c’est toi qui perds tu sais, mais ça veut pas dire que je gagne pour autant. Parce que moi je ne joue plus maintenant. « Ce qui fait mal, surtout à la fin des journées, ce qui fait mal, qui fait mal, mal mal. Les ailes cela coûte un prix fou, chaque plume. » Rédigé par Norma Jean Baker. |
4.7.05
Top Sellers |
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Ma première guitare était une folk acoustique. Cadeau pour mes quatorze ans. Suivit une période chère à mes parents : « Allez vous faire foutre, je monte mon groupe de rock ». La lubie punk adolescente est passée par moi comme la nationale 7 traverse la France : franchement et sans détours. Il faut dire que j’avais déjà tout prévu, je visionnais en boucle les rushs du film, et tout allait arriver exactement comme je me l’étais raconté dans ma tête. Un destin commun ? C’était hors de question. J’avais tellement de talent artistique que je me faisais pleurer toute seule en écrivant des chansons le soir dans ma chambre (à l’encre turquoise). Ça voulait bien dire quelque chose, il fallait qu’il se passe un truc. Je ne pouvais pas ne pas réussir. Les autres étaient tellement chiants : j’en étais d'autant plus fantastique. C’était couru. Je ne pouvait pas gâcher cela en ayant une vie de con. Je devais montrer au monde qui j’étais. D’abord, il me fallait monter un groupe. Non pas parce que je ne pouvait pas y arriver seule, mais je ne l’avais même pas envisagé. C’était tout simplement le format. Deplus, je ne connaissais personne qui jouait aussi mal de la guitare que moi, et comme je n’avais pas trop envie de travailler (ça faisait mal aux doigts et j’avais autre chose à foutre), il me fallait trouver des gens pour palier à ça. Moi, je m’occupais du reste et c’était bien comme cela. D’abord, nous serions un groupe à la cohésion quasi-parfaite, et dont tous les membres seraient amis, bien qu’il y ai eu de grosses disputes graves et tout (en tant que leader, j’aurais trop pris d’héroïne à une période donnée et ça aurait cassé les couilles à tout le monde, par exemple.) En fait c’est l’amour de la musique et de la création qui nous aurait rendus inséparables malgré les innombrables problèmes rencontrés sur notre parcours. D’ailleurs, cet amour, ce serait la raison pour laquelle nous serions si bons, et ça tomberait sous le sens pour tout le monde. Nous aurions des influences que personne ne connaîtrais quand nous les citerions à des magasines, mis à part les freaks. Notre premier album pressé à trois cents exemplaires dans du vinyle orange fluo se vendrait cinq ans plus tard à plus de 200$us comme disque de collection. J’aurais constitué ce groupe grâce a une petite annonce passée dans un journal local, et ça aurait marché du premier coup. C’est vrai, nous aurions eu beaucoup de chance, mais après tout, il en faut pour réussir. La suite ? Approximativement : répéter dans un garage, boire beaucoup trop de bière, se faire signer chez un petit label à la fois underground et prometteur, acheter des fringues étranges chez le fripier (il n’espérait plus sans séparer.) Puis devenir une rock star en quelques mois, quelques années au pire, mais pas plus. L’étape suivante était la plus facile, la plus jouissive : des tournées interminables, les plus grandes salles, gémir dans un micro de façon incompréhensible, être pote avec les Blur, avoir des dizaines de strato de toutes les couleurs, et des sangles assorties, des couvertures tous les mois, des interviews fleuves, me faire baiser par des acteurs, tracer des montagnes de coke, partir en tournée au Royaume-uni, puis au Japon, puis aux Etats-Unis et finir par le reste de l’Europe. Emmener la fille de Courtney Love à Disneyworld, frapper des journalistes dans les aéroports, se permettre de conseiller Kim Deal sur ses fringues, être citée deux fois dans Glamorama, avoir un look tellement personnel et inimitable, être en permanence décoiffée avec style, monter dans un Boeing trois fois par semaine, se faire engueuler parce qu’on y fume, violenter les hôtesses pour leurs remarques, faire un film, puis avoir l’oscar de la meilleure actrice et dire « C’est gentil mais vous savez, ma vie c’est la musique et rien d’autre », gagner cinquante mille dollars sur un concert, être une ex de Johnny Depp avant Kate Moss, me bourrer la gueule au resto avec Robert Smith, être tout le temps borderline crise de nerf ou dépression nerveuse ou enceinte, discuter au téléphone avec PJ Harvey et Björk et Kathleen Hannah, faire construire ma villa sur les hauteurs de Los Angeles, prendre des cafés avec Drew Barrymore, me taper son mec du moment à l’occasion, et elle aussi, inviter David Geffen à mes teufs, faire des mariages qui tiendraient dix-huit ou vingt-trois jours, divorcer, puis reprendre, perdre des millions de dollars en faisant n’importe quoi, acheter les droits d’un disque des Beatles, être la tête d'affiche de Reading et Glastonbury et Lollapalooza la même année, boire du champagne jusqu'à la crise de soûlerie caractérisée, pourrir les suites les plus classes avec le sang de mes règles ou des mégots de clopes, laisser des traces de rouge à lèvres partout, avoir 298 paires de lunettes de soleil, pas toutes différentes, me faire emmener aux urgences de temps en temps, non sans paparazzi, avoir eu deux ou trois problèmes avec la justice (seulement des histoires de stupéfiants), laisser traîner mes vidéos de cul sur Internet, manquer de mourir jeune d’une overdose ratée, être culte puis has been, puis hype, puis un peu limite, puis fashion, puis à nouveau culte. Et ma guitare finit de gonfler et de prendre l’humidité à la cave, parce que ce soir, avec mes enfants, nous regardons un DVD de Walt Disney en mangeant des Happy Meals. |
10.6.05
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Si l’on fait la moyenne arithmétique des cibles du spam mondial et qu’on la considère comme l’image résiduelle probable de l’être humain, alors ce dernier est en couple propriétaire d’une maison à crédit éjaculateur précoce maniaco-dépressif pornophage avec des problèmes d’érection et sur le point de mourir sans assurance obsèques mais avec une petite bite et une licence Windows XP professional à $79.95.
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3.6.05
Tea time |
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Paris. Installée dans un fauteuil cossu du Train Bleu, nous sommes attablés près d’une fenêtre donnant sur les quais et je suis censée passer un moment agréable en famille en attendant le départ du train transatlantique de 17h15 pour New-York. Je regarde mes enfants avec dédain : assis en face de moi, ils dégustent leurs profiteroles maison en fumant des clopes et en se mettant sur la tronche, et c’est tellement habituel. Je me contiens, malgré l’envie de les tabasser un par un à coup de carafe à eau, parce que l’endroit que nous avons choisi pour le goûter supporte assez mal ce genre de démonstrations d’amour maternel. Je me permets un commentaire posé : - Vous pourriez éviter de fumer devant nous, mes petits chéris. Ma fille, Kiara, tire par deux fois sur le filtre de sa cigarette, le tachant de rose pailleté, avant de daigner m’informer, sur un ton pointu de petite connasse avertie : - Mais maman, ça ne fait plus mal de fumer, les médecins scolaires le conseillent même entre deux cours pour améliorer notre concentration. - Ça n’est pas parce qu’on peut te soigner des méfaits du tabac avec une injection qu’il faut persister avec cette manie. Mine de rien, l’aspect de tes cheveux et de ta peau n’ira pas en s’améliorant. - Maman, j’ai quatorze ans, ma peau est parfaite, et de toutes façons, tu sais très bien que j’ai les moyens de tout faire arranger par des spécialistes. Je soupire, je ne peux rien dire, je viens moi-même de recourir à un procédé similaire il y a une semaine pour redonner de l’éclat à mon teint. Kiara porte une robe en vinyle noir que nous avons achetée ce matin même, des collants de soie bleu pétrole, une casquette a écran LCD, et elle a l’air d’une pute avec ses lunettes Chanel qui planquent la moitié de sa tête, cadeau de sa meilleure amie japonaise. Sa chevelure comporte des myriades de tubes multicolores de quelques microns de diamètre. Elle porte un diamant de 0.02 carats sous la cornée de l'œil droit, des billes de silicone ont été posées sous la peau de ses avant bras, et sa langue a été sectionnée au laser afin de former une petite fourche de chair rose. Son petit frère, Alexis, onze ans, n’est pas spécialement en retrait ; New Rock huit boucles montantes vernies, pantalon de latex cerise, et tee-shirt designé par un jeune créateur new-yorkais héroïnomane décédé. Comme je sens venir l’esclandre entre les deux, au sujet de qui a piqué un profiterole à l’autre, je tente une diversion éducative : - Avez vous noté la vitesse à laquelle nous allons voyager vers New-York lorsque nous serons sous l’océan ? - Huit mille kilomètres heure, répond Alexis pas peu fier d’avoir pris la peine de lire la brochure sur la table. - Et comment fonctionne-t-il ? - Par lévitation électrique ! Je le reprends, sur un ton sûr et appuyé : - Lévitation magnétique, mon chéri. Je ne connais pas du tout les principes de base de la lévitation magnétique, même si ils sont expliqués dans un petit paragraphe de vulgarisation scientifique figurant sur la brochure, et Alexis cède un « Ah … » de déception due à son erreur, mais il ne pose pas de questions pour en apprendre plus sur le fonctionnement du train, ce qui me soulage. Kiara n’a pas écouté la conversation, mâche un truc dans sa bouche et regarde la foule sur les quais en contre-bas. Bien qu’elle soit ma fille biologique, je ne l’ai pas portée. Elle a été conçue in vitro et placée en matrice. Mon mari avait trop peur que je ne sois plus tout à fait à son goût après avoir porté un enfant. Plus tout à fait « enculable » pour reprendre ses propres termes à l’époque. Quand il m’a proposé une grossesse artificielle, j’ai tout de suite adoré l’idée. Aucune contrainte, peu d’implication de ma part. Je n’avais pas envie de porter d’enfant, je me fichais d’en avoir. D’en avoir une tripotée même, parce que nous sommes blindés de pognon et que jamais de ma vie je n’aurais à me fatiguer pour m’en occuper, ou bien à me priver pour eux. La finalité étant que pour notre image, c’était quand même plus en vue de fonder une famille, dont acte. Un développement suivi d’embryon en matrice dure quatre mois. Nous avons signé pour une fille. Son ADN a notamment été modifié pour qu’elle mesure un mètre quatre vingt à l’âge de vingt et un ans, soit dotée de dents parfaites, d’une ossature moyenne, et de pas moins de quarante grains de beauté harmonieusement répartis sur son corps. Nous avons bien stipulé sur le contrat qu’elle devrait être brune, avoir les yeux bleus et une peau mate. J’ai personnellement veillé avec le généticien à ce qu’une mouche « Madonna » soit insérée juste au dessus de sa lèvre, afin de donner plus de caractère à son visage, et qu’elle ai des yeux en amandes. Mon cadeau de bonne fée : une mine de salope. Cent cinquante mille dollars : aujourd’hui, voila ce que ça coûte de faire fabriquer un enfant à votre image sans grossesse. L’adoption, la Chine, tout ça est tellement démodé. Kiara aime bien l’idée de ne pas sortir de mon ventre, mais d’une machine. Elle s’en vante, souvent en ma présence, à toutes ses copines : « Je suis une fille des machines, une meta-fille ». Elle aime à croire que ça pourrait me vexer, qu’elle raconte ça, me faire de la peine. Elle doit supposer que j’ai de l’affection pour elle, une sorte de lien mère-fille, le truc ineffable, psychique, et éternel. Que moi, la femme la plus vénale, matérialiste et intéressée de ce coté-ci de la Seine, je puisse avoir quelque rapport avec le rôle de la Mama latine. Elle se moque, me taquine, parfois avec beaucoup de méchanceté, elle cherche la faille, l’affection, au fond. La crise d’adolescence ne fait pas faux-bond aux enfants comme Kiara. Ca lui passera, le temps qu’une indifférence totale à mon égard s’installe chez elle. A moins qu'elle ne fasse une overdose réussie avant ses quinze ans. Mon compte en banque et mari évite de me regarder pour ne pas avoir à vérifier que mon fond de teint camoufle parfaitement l’adorable hématome qui décore ma joue depuis hier, date de notre dernière altercation. Cette fois-ci, c’est un téléphone de cinquante trois grammes qui est venu de sa pleine inertie voler à l’encontre de mon visage. Je lui demande poliment : - Chéri, cela t’ennuierait-il de me resservir ? Espèce d’ordure. - Bien sûr que non. Il s’exécute dans des manières impeccables, travaillées. Je bois mon Pommery en imaginant diverses façons de le faire mourir dans d’atroces circonstances. Peut-être pourrais-je commander une sorte de guillotine à mon ébéniste, celui même qui a créé le berceau d’Alexis, et m’amuser cinq minutes avec sa bite avant de lui coller une balle dans la nuque en sifflotant un requiem de Mozart. Depuis une minute, ma fille étudie ostensiblement un jeune garçon à deux tables d’ici, qui semble taper dans les vingt-cinq ans. En réalité, elle est déjà entrain de lui montrer avec application sa langue coupée en deux et ses sous-vêtements tokyoïtes en plastique. Elle a retiré ses lunettes et a les yeux révulsés une seconde sur deux. Je fais semblant de ne m’apercevoir de rien, pour ne pas me sentir obligée de l’engueuler pour son attitude de pute, nous nous faisons déjà assez bien remarquer. Au fond elle peut bien y aller ; je n’en ai rien à foutre. Qu’elle le touche le fond, qu’elle y aille tout droit. Qu’elle appuie le trait, fasse tout son possible, et ça ne sera pas reposant. Il va falloir qu'elle y mette du sien pour y arriver, l’humanité ne l’a pas attendue. Elle est consciente de son atroce banalité, gamine lambda de son ère, paresseuse, pourrie de thunes, défoncée en permanence, viciée jusqu'à la lymphe, désintéressée de toute chose en ce monde. Le seul fait qu’elle respire n’est qu’un bonus, son existence n’a rien changé à la mienne. Elle pourrait claquer dans l’instant, rompre un anévrisme, il n’y aurait rien à écrire. Quatorze ans. Elle peut bien partouzer, se prostituer, faire n’importe quoi avec son cul. Elle peut bien se mettre des fix toute la journée, monter un trafic d’arme, ou partir faire la tribe en Inde avec un camion et des chiens. Finalement, ça n’est plus une question d’âge ou de rébellion, c’est juste son patrimoine génétique qui est trop lourd. Elle transpire sa mère dans les gènes, elle n’est pas responsable de sa déchéance. Rejeton du vice, la dépravation perce jusque dans chacune de ses cellules, tout ça régnait en elle avant même que ses poumons ne connaissent le goût de l'oxygène. Ce qui paraît à la fois incroyable mais qui est inévitable, c’est qu’elle tombera plus bas que moi, et que ses enfants à elle s’enfonceront encore plus. Et leurs propres enfants continueront, tout comme les enfants de leurs enfants, et ainsi de suite jusqu'à ce qu’une guerre thermonucléaire vienne tous nous mettre d’accord. Kiara semble en forme, tout en continuant de mater le garçon de l’autre table, qui détourne la tête par intermittence, l’air vraiment gêné, elle commence à faire mine de se masturber et gémir assez fort, plutôt de plus en plus fort. Son père qui avait le nez plongé dans les résultat boursiers du Times, sort de sa torpeur et lui demande ce qui lui prend, limite habitué, il prend son expression automatique d’un genre outré. Elle répond, amusée, pointant de sa Marlboro l’objet du trouble : - Je me l'attraperais bien dans les chiottes, tu veux nous rejoindre papa ? Un petit film souvenir serait pas de refus. C’est pour ma collec perso. Elle éclate d’un rire faux. Il ne répond pas, baisse des yeux furieux sur son verre, replace sa mèche sur son front, détourne enfin la tête et siffle un peu de sa vodka-pomme, correctement énervé. Comment pourrions nous reprocher quoi que ce soit à nos enfants ? Nous sommes la merde même qui les a engendrés. Alexis rigole des frasques de sa sœur, elle lui demande dans un regard infernal si il a un problème, « Pauvre connard » tout en sortant une petite fiole rose et translucide de son sac, assez nerveusement. C’est son père qui lui procure ses grammes de coke chaque mois, qui supervise, négocie une consommation mesurée de sa part moyennant de la bonne qualité à tous les coups. Elle a droit à un gramme supplémentaire par mois à chaque fois qu’elle prend un an, sans compter la prime pour le cadeau d’anniversaire et les à-côtés pour les sorties. Nous sommes des parents assez cools. Avec Kiara, nous avons préféré mettre les choses au clair d’entrée de jeu à ce niveau-là, puisqu’elle est venue en parler d’elle-même ouvertement, signifiant qu’elle s’en foutrait plein le nez que nous soyons d’accord ou pas, puisqu’elle avait les moyens, et qu’elle ne comptait pas faire sa vie sans drogues de synthèse ni cocaïne. Elle a aussi expliqué qu’elle n’en avait rien à faire de nos avis, qu’elle n’attendait aucune forme de décision ou de permission de notre part, d’autant qu’elle a notre « exemple plus ou moins flagrant sous les yeux ». Elle a ajouté qu’elle passait juste le dire à titre informatif, dans un souci d’honnêteté de rapports parents-enfants. C’était une conversation très drôle, et nous avons beaucoup ri de cette plaidoirie qu’elle avait préparée, avant de lui expliquer que nous avions un très bon dealer pour elle, et j’ai repensé au jour ou elle avait eu ses premières règles et au dialogue que j’avais eu avec elle. Entre deux séries d’injures très appuyées, Kiara grimace crûment à son frère, dans les tons blancs et rouges violacés. Alexis rit de plus belle à ces insultes, se fait remettre en place encore un peu plus vertement « Pauvre taré de merdeux masochiste ». Alexis ne connaît pas le sens du mot « masochiste », et Kiara non plus. Kiara rigole en parlant, mais quand ses yeux se posent sur quelque chose ou quelqu’un qui lui déplait, elle s'irrite et devient sombre, son visage change radicalement de ton, puis elle se marre à nouveau la seconde d'après. Fendages de gueule en règle suivis de pauvres expressions haineuses, carrément en place niveau cyclothymie à haute-fréquences, il est temps pour elle de prendre un petit remontant. Elle se lève en bousculant son fauteuil, sautille de façon incohérente, complètement déchaînée « Je vais aux toilettes papa, commande moi un Jack avec du cocalight, merciiiiii ». Alexis se roule en boule dans son fauteuil pour éviter de prendre le sac de Kiara en pleine tronche quand elle le jette dans sa direction avec une violence inouïe avant de se diriger chaotiquement vers les toilettes. Tout en s’éloignant de notre table, elle fait plusieurs tours sur elle-même, puis se calme, puis recommence, pleine folie. Le père de famille tire la tronche quelque chose de ferme, il n’essaie même plus de comprendre le sens de tout ceci. Il vide son verre, fait signe pour qu’on lui amène le même dans sa version double avec le whisky de la petite, il a l’air vraiment de ne plus en pouvoir, d’être ici. Vivement lundi qu’il prenne son avion, que les vacances soient finies, qu’il se casse bosser, qu'il aille baiser une quelconque poufiasse qui sera au moins aimable, elle, et qu’il n’ait plus à supporter ces psychopathes qui constituent sa cellule familiale rassurante à lui. Plutôt un putain d’asile de déments, carrément le tableau de Jérôme Bosch super inspiré. Ma fille continue son numéro de pauvre folle en plein milieu du restaurant, bouge son corps, relève sa robe jusque sur le ventre, secoue ses cheveux en plastique. La démonstration médico-légale de sa toute dernière maladie. Son frère rit de bon cœur en la regardant faire. Un serveur impeccable apporte les verres, en essayant d’éviter Kiara qui court cette fois-ci aux toilettes comme une dératée. Comme je m’emmerde, je décide de jouer à la mère de famille excédée, ce qui me permet de me donner une contenance, au passage. Je crie : - Kiara ! Elle se retourne dans sa course, nous montre son majeur, et repart en courant de plus belle. Le petit rigole, s’allume une Marlboro, je le gifle avec discrétion « Ne la cherche pas toi. » Sur le coup, il ne proteste pas, et je hurle, cette fois-ci. - Kiara !! Elle ne se retourne pas. Interpelle une jeune femme très classe qui sort des toilettes, pour demander du feu, commence à la toucher à des endroits limites intimes et à jouer avec ses cheveux beaucoup trop longs et rouges. Je continue de hurler : - Kiara, ton argent de poche va sauter, et le reste aussi, je te jure, cesse de faire n’importe quoi, tu exaspères ton père ! La petite stoppe net, se retourne, ses joues s'empourprent imperceptiblement et ses yeux deviennent fixes et attentifs. Alors elle dé-serre les dents avec difficulté avant d’articuler : - Pardon maman. Je vais aux toilettes. Il y a autant de sincérité dans ses mots que de gratuité dans un bar à putes et je reconnais bien là ma fille, si sensible dès qu’il s’agit des contingences matérielles. Je lui jette un regard que je voudrais d'une apparence bienveillante dans l’idéal, car depuis que j’ai élevé la voix, on nous observe dans le salon. Kiara rejoint les toilettes en sautillant avec un peu plus de retenue. Alexis se met à pleurer. |
29.5.05
Clubhouse |
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Amanda et moi somme allongées sur deux chaises longues en tek et nous regardons l’eau s’évaporer de nos ventres un peu mous mais parfaits et bronzés en cramant littéralement sous nos lunettes Ray-Ban et notre Ambre-Solaire basse protection, et Amanda porte un maillot de bain Lacoste vert qui va bien avec le grip de sa raquette de tennis Dunlop et moi un bikini Roxy rose assorti à ma visière Puma et nous dégustons une farandole de cinq mini-cocktails alcoolisés et c’est quand j’en arrive à entamer ma niña piña-colada, qu’Amanda, qui s’est redressée et mange des fraises Tagada en sifflotant un air de Prodigy, s’enquiert : - Tu te souviens de Muriel ? - Non, de quoi tu me parles encore putain ? J’allume une Marlboro light, regarde Amanda et son bronzage et fais mine de m’inquiéter : - Est-ce que tu as vu la taille de cette vergeture sur ta cuisse ? Amanda montre un truc du doigt. - Muriel, Muriel Damiani, Marina. Elle était dans ta classe en première au lycée Sacré-Coeur. - Je vois pas qui est cette meuf. Et je ne veux plus entendre parler de ce bahut à la con, on fait Sciences Po je te signale. Tu devrais bronzer, par dessus ce truc, on dirait la faille de San-Andréas. - Tout ça pour dire cette fille, Muriel, est là, au bar, et elle discute avec quelqu’un que tu serais surprise de voir, si tu te retournais seulement deux secondes. - En fait, c’est toi qui devrait te retourner si tu ne veux pas ressembler à un putain de bâton de Surimi. Et par pitié mets du fond de teint, un paréo ; fais quelque chose, c’est pas joli ce machin, on pourrait croire que tu as rencontré Ted Bundy ou un quelconque taré équipé d’un tournevis. Je lui tends son paréo. - Je te jure, Marina, retourne-toi. Deux secondes. Tu m’aurais frappée si je ne t’avais pas prévenue. Je pose mes mains sur les accoudoirs et tire dessus en grognant pour me retourner, franchement au bord de l’épuisement ou de la dépression nerveuse ou de la crise cardiaque. Le bar est désert sauf une fille plutôt sublime et brune et bronzée comme on l’est au mois d’août sur la Côte sauf que nous sommes en mai à Aix-en-Provence, et elle a appliqué des paillettes sur ses épaules, à moins que ça ne soit du gel lubrifiant ou de la transpiration ou une persistance rétinienne. Le garçon qui est en face d’elle a l’air de boire un Cocalight sans conviction comme s'il sortait de cure de désintoxication et j’ai passé dix ou quinze mois de ma vie avec lui avant qu’il ne parte photographier des putains de chiens de prairie à Cairns avec une stupide australienne qui ressemblait à Zora la Rousse sous neuroleptiques et qu’il avait rencontrée dans une soirée Erasmus chez des connards de surfeurs, et il raconte tout un tas de trucs certainement à moitié faux en faisant le barbot avec son réflexe numérique autour du cou, pendant qu’elle rigole avec ses cheveux et son sac Longchamp rose bonbon. - Amanda ? - Oui ? - Rappelle moi de ne plus passer mes après midi avec toi ici. - Avec moi, ou ici ? - Rappelle le moi juste, je déciderai à ce moment là. |
27.5.05
Palahniuk no Cagole |
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Vingt deux heures, dimanche soir. Centre commercial de Plan de Campagne, en bordure de l’autoroute A7. J’allume une énième cigarette. Déconfite, je me rend compte que je m’emmerde quelque chose de correct. je passe un à un les morceaux sur mon iPod, trouver un truc d’ambiance, une bande originale qui va bien. Qu’est-ce qu’elle branle, c’est pourtant pas compliqué de fermer un putain de salon. Je cherche un truc dans la boite à gants. Des gants justement. Le parking est vide, refroidi des hydrocarbures et des clients qui l’ont chargé toute la journée pour aller acheter des trucs là-bas dans la galerie marchande. J’attends. Une fille finit par sortir, et pour moi c’est le signal : j’ouvre la portière, descend, mon sac en bandoulière, assez lourd. Bande son : Blondie – The Tide Is Hight - Hey miss ! La fille est tout en blanc, mis à part des bottes pointues roses à boucle en argent. Un peu trop grosse pour le look. Je pense « dommage qu’on ne flingue pas simplement sur les mauvais choix vestimentaires ». Elle porte un blond vénitien dans un carré long brushé du genre qui prend deux plombes le matin. Des mèches rouges par dessus, comme si c’était pas suffisant. Elle continue de marcher vers sa voiture, une Seat Ibiza jaune poussin. Il ne se peut pas qu’elle n’ait pas entendu. - Hey, j’ai dit HEY ! La fille se retourne. Une expression inadéquate sur le visage, pas l’habitude de rencontrer des gens sur le parking à cette heure-ci. Je m’approche d’elle, elle me demande « Vous êtes perdue ? » et j’ai une idée de réplique qui serait drôle à ce moment là mais je préfère me réserver pour la suite. La suite c’est quand la fille est agenouillée par terre et elle pleure un peu fort, comme une petite fille à qui on aurait refusé une glace ou un ballon d’hélium dans une fête foraine, ou plus communément, comme une putain de radasse blonde qui chiale et appelle sa mère. Je lis sa carte d’identité. Entre deux sanglots : - S’il vous plaît s’il vous plaît s’il vous plaît ! Je soupire. Ca ne va pas être facile pour celle-là, j’aurais dû envoyer Céline, elle gère mieux les cas aigus. Je demande : - Alors Magali, tu as vingt-deux ans, et ce soir tu va mourir sur ce putain de parking de centre commercial, n’est ce pas merveilleux ? - S’il vous plaît s’il vous plaît s’il vous plaît, je peux vous donner ma voiture si vous voulez, videz mon compte en banque, je ne dirais rien à la police… Elle me fatigue car elle parle beaucoup trop comme si on était dans un putain de film et je pense au livre que je voudrais bien terminer en rentrant chez moi avant de dormir et comme j’ai peur que ça s’éternise je dis « Ta gueule ma chérie s’il te plaît, maintenant tu parleras juste quand je te poserais des questions ou quand tu auras envie d’aller faire pipi » et j’appuie un peu plus fort sur la base de son crane avec le canon de mon 38 spécial Smith & Wesson alors elle ne bouge plus pendant un moment et ça me permet de lui expliquer les choses : - Pourquoi souhaite tu survivre au juste ? Pour te rendre au Spart’ encore une fois samedi soir ? Pleurs. - Pourquoi es-tu shampouineuse dans ce centre commercial ? - Euh … Bande Son : Blondie – Atomic J’appuie un peu plus encore dans son cou, afin qu’elle sente qu’elle ne peut pas passer cette question. Elle crie : - Parce que j’ai arrêté mes études en cinquième !!! Je lui tire les cheveux, un peu fort quand même jusqu’à ce qu’elle crie. - Pourquoi ? Elle pleure, a un instant d’hésitation avant de répondre que c’était « Vraiment trop dur, trop dur surtout les maths ». - Trop dur ? Tu veux dire que tes parents te battaient ? Tu vivais dans la rue ? Tu a du te prostituer le cul pour te payer la cantine ? Je regarde son passeport. Elle a passé ses dernières vacances au Cap Vert. Ca m’énerve, les shampouineuses ne vont pas au Cap Vert. Elle justifie maladroitement : - Non … Mais c’était trop dur, trop … Difficile. Je ne comprenais pas toujours tout en cours. Difficile. Je repasse rapidement en mémoire le programme de maths cinquième. Produits de deux fractions. Pythagore. Je pense à Marie-Curie ou Ada Byron. Puis, tout de suite après je pense « Putain de branleuse ». Je balance, gratuitement : - J’espère que depuis le temps tu sais ce qu’est une fraction, pétasse. Du pied je la pousse un peu en avant, afin qu’elle tombe sur ses coudes, elle se retrouve à quatre pattes et se remet à pleurer cette fois ci avec un temps de latence, comme une enfant qui vient de s’étaler. Tout en déglutissant un mélange de larmes et de morve, elle hurle : - Pourquoi moi ?! - Pas vraiment de réponse à ça. Il va falloir que tu l’acceptes sans trop perdre de temps. Qu’est ce que tu voulais faire de ta putain de vie au juste ? - Je voulais être shampouineuse. Je lève les yeux au ciel, fait un quart de tour sur le côté et lui balance un coup de pied dans le ventre, je suis un peu déboussolée il faut dire, je n'ai jamais entendu ça de ma de vie, carrément. - Je te repose ma question. Que voulais tu faire de ta vie ? Que voulais tu faire quand tu étais enfant. - Je, je … Je suis tombée sur une molle. Je souffle, exaspérée. Et puis, nouvelle salve de sanglots quand j’arme le chien. Bande Son : Blondie – Sunday Girl - Ecoute ma puce, je crois que tu n’a pas tout compris. Je te pose une question. J’aimerais une réponse. C’est simple jusqu’ici non ? Pour te détendre, tu n’as qu’a te dire qu’on n'est plus à l’école. Je marque une pause, tente de préparer mieux le terrain pour lui éviter de dire une connerie fatale. Je place une certaine douceur dans ma voix : - Alors, c’était quoi ton rêve de vie quand tu étais petite. - Je voulais être shampouineuse, c’est vrai ! Je vous le jure !! Merde. Je n’ai jamais été confrontée à ce cas. Alors, c’est ça, cette fille n’a jamais eu aucune putain d’ambition. Faire des shampoings la semaine et sortir en boite le week-end ? Désespérée par ce que je viens d’entendre, et comme je ne sais plus trop quoi faire, je lui tire les cheveux, la fout par terre, et je réitère : - Non. Je n’accepte pas cette réponse. Je suis désolée de t’annoncer que ça ne va pas être aussi facile. Elle s’énerve, un brin lasse dans sa terreur, répète qu’elle n’a pas voulu faire autre chose à aucun moment. - Ne te fout pas de ma gueule. Personne ne veut faire ça. Personne ne veut faire ce boulot de merde, tu comprends ? Elle pleure, râpe ses chaussures sur le bitume, tire ses cheveux, a son premier cri animal. Nous sommes à une encablure de la crise de nerfs. Finalement se calme un instant, dit que c’est vrai, qu’elle voulait faire ça depuis toujours, qu’elle faisait des shampoings à tous ses jouets : poupées Barbie, petit poneys, à son chat, même. Ce sont des choses qui arrivent, alors. Parfois, un spermatozoïde rencontre un ovule pour cette raison là. Les boites de nuits comme raison |