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29.5.05

Clubhouse



Amanda et moi somme allongées sur deux chaises longues en tek et nous regardons l’eau s’évaporer de nos ventres un peu mous mais parfaits et bronzés en cramant littéralement sous nos lunettes Ray-Ban et notre Ambre-Solaire basse protection, et Amanda porte un maillot de bain Lacoste vert qui va bien avec le grip de sa raquette de tennis Dunlop et moi un bikini Roxy rose assorti à ma visière Puma et nous dégustons une farandole de cinq mini-cocktails alcoolisés et c’est quand j’en arrive à entamer ma niña piña-colada, qu’Amanda, qui s’est redressée et mange des fraises Tagada en sifflotant un air de Prodigy, s’enquiert :
- Tu te souviens de Muriel ?
- Non, de quoi tu me parles encore putain ?
J’allume une Marlboro light, regarde Amanda et son bronzage et fais mine de m’inquiéter :
- Est-ce que tu as vu la taille de cette vergeture sur ta cuisse ?
Amanda montre un truc du doigt.
- Muriel, Muriel Damiani, Marina. Elle était dans ta classe en première au lycée Sacré-Coeur.
- Je vois pas qui est cette meuf. Et je ne veux plus entendre parler de ce bahut à la con, on fait Sciences Po je te signale. Tu devrais bronzer, par dessus ce truc, on dirait la faille de San-Andréas.
- Tout ça pour dire cette fille, Muriel, est là, au bar, et elle discute avec quelqu’un que tu serais surprise de voir, si tu te retournais seulement deux secondes.
- En fait, c’est toi qui devrait te retourner si tu ne veux pas ressembler à un putain de bâton de Surimi. Et par pitié mets du fond de teint, un paréo ; fais quelque chose, c’est pas joli ce machin, on pourrait croire que tu as rencontré Ted Bundy ou un quelconque taré équipé d’un tournevis.
Je lui tends son paréo.
- Je te jure, Marina, retourne-toi. Deux secondes. Tu m’aurais frappée si je ne t’avais pas prévenue.
Je pose mes mains sur les accoudoirs et tire dessus en grognant pour me retourner, franchement au bord de l’épuisement ou de la dépression nerveuse ou de la crise cardiaque. Le bar est désert sauf une fille plutôt sublime et brune et bronzée comme on l’est au mois d’août sur la Côte sauf que nous sommes en mai à Aix-en-Provence, et elle a appliqué des paillettes sur ses épaules, à moins que ça ne soit du gel lubrifiant ou de la transpiration ou une persistance rétinienne.
Le garçon qui est en face d’elle a l’air de boire un Cocalight sans conviction comme s'il sortait de cure de désintoxication et j’ai passé dix ou quinze mois de ma vie avec lui avant qu’il ne parte photographier des putains de chiens de prairie à Cairns avec une stupide australienne qui ressemblait à Zora la Rousse sous neuroleptiques et qu’il avait rencontrée dans une soirée Erasmus chez des connards de surfeurs, et il raconte tout un tas de trucs certainement à moitié faux en faisant le barbot avec son réflexe numérique autour du cou, pendant qu’elle rigole avec ses cheveux et son sac Longchamp rose bonbon.
- Amanda ?
- Oui ?
- Rappelle moi de ne plus passer mes après midi avec toi ici.
- Avec moi, ou ici ?
- Rappelle le moi juste, je déciderai à ce moment là.