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27.7.05
C’est aussi ça l’amitié |
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- Je veux que personne ne fasse jamais plus jouir cette pute, ni dans cette vie, ni dans une prochaine, avait dit Maria, triomphante, le rabot électrique à la main. Un hurlement des plus commun avait suivit, et j’avais fixé la profondeur de coupe du rabot sur deux millimètres, pendant que Maria avait eut un rire gras ponctué de saccades nerveuses, ce qui me gênait un peu pour faire le réglage. Après quoi j’étais rapidement passé dans la pièce voisine, portant le volume de l’ampli à son maximum. Maria est une véritable psychopathe qui compte tous les symptômes sur le papier, j’ai parfois du mal à la contenir dans ses élans de sauvagerie, mais elle apporte le plus produit « terreur sanguinolente et folie furieuse » à notre petite affaire. Alors je la supporte. En quelque sorte, c’est du marketing à l’état pur. Je la laisse finir le boulot de temps en temps, sans toutefois lui laisser l’organisation et les trucs importants. Mais je trouve qu’elle a le feeling pour les finitions, invariablement. J’ai fermé la porte avec soin, et pour changer, j’écoute du Black Bomb A, comme à chaque fois que nous faisons notre sale partie du travail, parce que ça me permet de me rappeler que la vie n’est pas rose. C’est malheureux mais qu’est ce que vous voulez faire : on ne peut pas se permettre de se laisser émouvoir, c’est avec ça que je mange. J’entends quand même un peu crier à coté. Ou alors, c’est dans le morceau. Je ne sais pas trop, et c’est le but. Je me suis assise sur le canapé défoncé du local, et en guise d’éclairage, il y a la petite lampe rouge sur la table basse et une ampoule électrique au dessus de moi, qui a des ratés des plus glauques. J’éventre une cigarette à même la table et je commence à répandre du pollen par dessus, et je mélange bien le tout à chaque fois, quand Maria fait irruption dans la pièce, elle tiens toujours le rabot branché et j’évite de regarder la surface de l’instrument, et elle déjà me jette son habituel : « j’ai fini, tu viens voir ? » et c’est bien ce que je redoutais, elle a encore fait super vite. Cheveux ébouriffés tel un plumeau et les pupilles complètement dilatées, deux ronds rouges sous les yeux lui servent de visage, tête de folle qu’elle se paie, on dirait une poupée de chiffon trippée. Je souffle, je n’ai décidément jamais une minute à moi, cette fille ne sait pas s’amuser seule. Je lui dit que j’arrive tout de suite, je n’enlève pas mes écouteurs, elle repart dans l’autre pièce ; alors je fais un filtre mauve avec un ticket de métro et fini de rouler mon pétard, avant de prendre l’appareil photo. En entrant, comme je suis maniaque, ma première pensée va à mes bottes, au ménage à faire, et à la pièce à frotter, mais ça ne dure pas. La fille si fraîche que nous avons cueillie tout à l’heure dans la rue sur une simple photo n’a plus ni tenue ni entrejambe, il s’agirait plutôt d’une sorte de salade de viandes dans les tons de rouges et de roses qui gît là sur la table. Un peu de violet, un peu de blanc. Assez tendance. Pourquoi pas. Maria a attaché chacune des jambes de la fille à une chaise, pour qu’elles soient bien écartées, comme pour un examen gynécologique. Ca n’a pas été fait de façon très soignée, d’ailleurs, tout le rouleau de gaffer y est passé. J’engueule Maria sous le prétexte que bordel, ça se voit que c’est pas elle qui achète le scotch. Je me place sur le coté, et je shoote une première fois la fille, de profil. Pas bien convaincue. On nous a commandé un truc vraiment gore et sans pitié, du coup je n’ai pas l’impression que ça sera suffisant, mais je mets ça sur le compte de ma propre habitude. C’est vrai que je n’ai pas le même degré de sensibilité que le commun des mortels devant un tas de chairs mortes, et il convient de me le rappeler quand je deviens trop critique envers mon travail. Je tourne un peu autour de la scène, cherche un point de vue émouvant. Me place finalement devant le corps, entre les jambes. Je n’aime pas trop faire de photos de cadavres extra-frais, je trouve que le sujet est trop facile et il n’y jamais besoin de faire d’efforts techniques ou artistiques : le résultat est toujours à la fois gracieux et troublant. Je m’approche du visage de la fille, car il me semble que Maria, avant de passer toute la zone au rabot, a quand même pris la peine de faire des reliques. En effet : qui penserait à faire un bindi indien à une hollandaise avec son propre clitoris ? Certainement pas grand monde. Je tire sur mon pétard, avec un sourire client, je jette un œil à Maria, qui contemple son œuvre : ahurie, défoncée, en nage, pantelante dans son short et ses tongs fluos, toujours avec son rabot à la main, et j’ai envie de rire, je suis prise d’affection pour elle, car elle ne me déçoit jamais et me surprend toujours. Je prend un gros plan du visage de la hollandaise, elle a une expression énervée et ridicule, comme si elle était une supportrice d’une l’équipe de foot de seconde division qui vient de se prendre un but. Je me rend compte que Maria est vraiment créative, limite artiste, je suis décidément hilare, et elle aussi, et je n’arrive plus à cadrer « tu es une psychopathe finie ma fille, un jour, on fera des films sur toi et les gens sortirons de la salle avant la fin » et je n’aime pas dire des trucs comme ça parce que je suis sûre que tout le monde l’a plus ou moins fait avant nous, avant de se faire griller la tronche par 2000 volts ou tomber dans l’oubli et l’anonymat en prison. Je fais une macro du clito découpé qui a fait une auréole pourpre sur le front de la hollandaise, a peu près certaine que ça aura son petit effet dans la série de photos. Maria m’explique qu’elle voulait quand même le séparer du reste du carnage, pour être sure et certaine que la fille ne le récupère pas dans l’au-delà. Je lève les yeux au ciel : - Tu lui en voulais à ce point que tu veux pas qu’elle ai un seul orgasme pour les siècles des siècles ? Maria pose le rabot par terre et essuie son front du revers de la main. - Non. Mais tu comprends, là-haut, si elle peut pas se branler, elle s’occupera au moins de faire le bien sur la Terre, et veillera sur les petits malheureux, auprès des anges et du Bon Dieu. - Je te trouve assez mystique en ce moment. - C’est fashion. - Mais tu sais j’en doute, qu’elle veuille faire le bien, avec ce qu’elle vient de ramasser dans sa gueule et alentours. - C’est ce qu’on appelle une martyre. - Alors espérons qu’elle ai du goût pour le social. Cela dit avec la dégaine de traînée qu’elle avait au moment de rendre l’âme, faut quand même pas trop y compter. Maria et moi faisons le signe de croix et commençons à ranger. |